Réchauffement: le schéma qui montre l’aggravation

La température planétaire moyenne des 60 derniers mois, c’est-à-dire des cinq dernières années, affiche en ce début 2017, une anomalie de +0,79°C par rapport à la moyenne du XXe siècle, selon les chiffres de l’agence américaine NOAA, c’est-à-dire plus ou moins +1°C par rapport aux niveaux préindustriels. Atténuant l’effet grossissant d’années « chaudes » et d’années « froides », ainsi que les distorsions dues aux phénomènes El Nino et La Nina, cette moyenne de température sur les cinq années précédentes est en forte hausse. Elle a gagné environ un dixième de degré en trois ans.

Evolution annuelle de 1950 jusqu’à janvier 2017, de l’anomalie de la température planétaire moyenne sur les cinq ans précédents, par rapport à la moyenne du XXe siècle. Doc. NOAA.

Après le pic d’anomalie de température moyenne enregistré à l’occasion du phénomène « réchauffant » El Nino 2015-2016 (jusqu’à +1,22°C en moyenne en mars 2016 par rapport à la moyenne du XXe siècle, selon l’agence américaine National Oceanic and Atmospheric Administration, NOAA), on aurait pu espérer qu’un mouvement de balancier fasse redescendre la fièvre planétaire grâce à un événement La Nina, phénomène climatique qui, à l’opposé d’El Nino refroidit le Pacifique. En effet, une La Nina forte avait succédé au puissant El Nino de 1997-1998. Même chose après le sévère El Nino de 1986-1987-1988. Et les anomalies de température avaient pu (temporairement) se contracter.

Or, en janvier, l’anomalie de température moyenne de la Terre reste toujours élevée: +0,88°C par rapport à la moyenne des mois de janvier du XXe siècle, indique NOAA; +0,92°C par rapport à la moyenne 1951-1980, selon le Goddard Institute for Space Studies (GISS) de la NASA, soit plus de 1°C de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels. Dans les deux analyses, janvier 2017 pointe ainsi à la troisième position des mois de janvier les plus chauds, derrière 2016 et 2007.

« Si on lui enlevait la part de sa force due au réchauffement planétaire issu des activités humaines, alors El Nino 2015-2016 aurait simplement été classé fort et non extrême »

Certes, il y a bien eu un phénomène La Nina dans le Pacifique cet hiver, mais il est maintenant terminé et il est en moyenne resté faible, avec une anomalie de pas plus de -0,8°C à son maximum au centre de l’Océan Pacifique équatorial, d’après NOAA. Qu’est-ce à dire ?

Attention, « si un phénomène La Nina marqué suit souvent un El Nino extrême, ce n’est pas systématique », prévient Eric Guilyardi, directeur de recherches CNRS au Laboratoire d’Océanographie et du Climat et spécialiste d’El Nino. « Comme pour les prévisions météorologiques, les prévisions El Nino fournissent simplement des probabilités. Il peut toujours y avoir des phénomènes qui vont amortir l’événement, même quand c’est peu probable. » Alors pourquoi La Nina 2016-2017 serait-elle finalement restée faible et courte dans le temps ?

Eric Guilyardi rappelle que le réchauffement lors d’un phénomène El Nino a une composante liée à sa puissance intrinsèque et une autre composante liée au réchauffement planétaire lui-même. Or, lors du El Nino 2015-2016, « les températures à l’intérieur de l’océan – qui donne toute son inertie au système- n’ont pas été si extrêmes que cela. Si on lui enlevait la part de sa force due au réchauffement planétaire issu des activités humaines, alors El Nino 2015-2016 aurait simplement été classé fort et non extrême », annonce Eric Guilyardi. Cela peut donc être un bon début d’explication.

Nous sommes en ce début 2017 à une anomalie moyenne sur les cinq dernières années de +0,79°C par rapport au XXe siècle contre 0,72 en 2016, 0,67 en 2015, 0,65 en 2014 et 0,63 en 2013

Par ailleurs, « avec El Nino, la machine couplée océan-atmosphère s’enraye. Courants et vents du Pacifique équatorial changent de sens. Avec La Nina en revanche, la circulation océan-atmosphère est la même que lors d’une année moyenne, mais avec une intensité plus forte qu’à l’habitude. Le réchauffement global peut donc masquer un phénomène comme La Nina », avertit Eric Guilyardi. « En effet, on détermine La Nina par rapport à une moyenne sur 30 ans. Si on la déterminait seulement par rapport à la moyenne des dernières années, alors peut être apparaitrait elle avec plus de force », souligne le chercheur.

Dans les deux cas, c’est ainsi la puissance du réchauffement planétaire actuel qui brouillerait les cartes d’El Nino et de la Nina. Pour la suite de l’année, NOAA envisage une situation « neutre » dans les prochains mois puis éventuellement, à près d’une chance sur deux, un nouvel… El Nino. Mais il ne faut pas oublier qu’en 2014, un El Nino avait été clairement « annoncé » en début d’année, mais sans finalement avoir lieu. « Il n’y a pas eu la succession de coups de vent d’ouest en été et en automne qui aident le déclenchement du phénomène quand les conditions océaniques sont remplies », explique Eric Guilyardi.

Reste que cette année 2014, classée donc neutre côté El Nino, avait elle-même déjà été bien chaude, battant du reste le record d’alors. Pire encore: atténuant les distorsions dues à El Nino et à La Nina, l’évolution annuelle de la moyenne de température sur les cinq années précédentes montre une nette aggravation depuis trois-quatre ans. Nous sommes en ce début 2017 à une anomalie moyenne sur les cinq dernières années de +0,79°C par rapport au XXe siècle contre 0,72 en 2016, 0,67 en 2015, 0,65 en 2014 et 0,63 en 2013, selon les chiffres de NOAA. La progression est en trois ans de l’ordre d’un dixième de degré. Depuis l’an 2000, cette anomalie moyenne calculée sur les 60 derniers mois n’a baissé que trois fois pour la série menant jusqu’à janvier 2017: en 2004, 2008 et 2012, et à chaque fois avec seulement 1 à 2 centièmes d’écart. Et déjà, « sur les seize années les plus chaudes mesurées depuis 1880, quinze sont situées en ce début de siècle », rappelle Eric Guilyardi.

Si l’on ajoute encore à cela la fonte actuelle accélérée des banquises, les émissions de méthane dans l’Arctique ou encore la probabilité grandissante d’un arrêt de la circulation thermohaline (le Gulf Stream) pendant ce siècle, les clignotants climatiques -donc de la survie de l’humanité- ne sont-ils pas encore suffisamment au rouge écarlate pour que l’on sonne partout le tocsin ? Pour que, par exemple, nos candidats à l’élection présidentielle française en parlent enfin et y réfléchissent vraiment ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *