Des supers ouragans de plus en plus fréquents, violents et étendus

Une nouvelle étude montre que, du fait du réchauffement planétaire, la fréquence des ouragans les plus violents -habituellement classés, selon la vitesse de leurs vents, en catégorie 3 (175 – 210 km/h), 4 (210 – 250 km) et 5 (plus de 250 km/h)- a largement augmenté depuis 30 ans et que leur force maximale va crescendo… Avec une zone de risque qui s’agrandit, par exemple vers la Nouvelle-Angleterre en Amérique du Nord et vers l’Europe de l’Ouest.

Evolution entre 1980 et 2016 et en pourcentage, de la fréquence des ouragans, cyclones et typhons violents selon la vitesse maximale de leurs vents. @ Kerry Emanuel, MIT

Multiplication de vents destructeurs, de pluies diluviennes, d’inondations, de submersions, de glissements de terrain… Accroissant sa force au fur et à mesure où il injecte de l’énergie dans les océans et l’atmosphère, le réchauffement planétaire sèmera de plus en plus le chaos localement. Et, pas la peine de continuer à faire les autruches, cette dynamique destructrice a déjà commencé. C’est ce que laisse entendre une analyse publiée fin mai par différents experts de la science climatique: Kerry Emanuel (Massachusetts Institute of Technology, MIT), Jim Kossin (National Oceanic and Atmospheric Administration, NOAA), Michael Mann (Pennsylvania State University, Earth System Science Center), Stefan Rahmstorf (Postdam University for Climate Impact Research).

Sandy, Patricia, Haiyan, Pam, Winston, Fantala, Irma, Harvey, Ophelia, Donna… Que des records !

Ayant étudié les données relatives aux ouragans (dans l’Atlantique nord et le Pacifique nord-est), cyclones (dans l’Océan Indien et le Pacifique sud) et autres typhons (dans le Pacifique nord-ouest), en remontant jusqu’à 1979 (*), ces scientifiques montrent qu’en moins de 40 ans, la fréquence des événements affichant des vents maximum d’au moins 200 km/h a doublé, et qu’elle a triplé pour les phénomènes atteignant 250 km/h et plus. Pas étonnant donc que, dans la plupart des régions à cyclone tropical, les vents les plus puissants aient été enregistrés lors des cinq dernières années: Patricia en 2015 et Haiyan en 2013 dans le Pacifique est et le Pacifique ouest, Pam en 2015 et Winston en 2016 dans le Pacifique sud, Fantala en 2016 dans le sud de l’Océan Indien, Irma en septembre 2017 dans l’Atlantique nord, mois durant lequel cet océan a, ajoutent-ils, battu son record d’énergie cumulée par les ouragans.

Les quatre scientifiques mentionnent également Sandy en 2012 qui a été le plus grand ouragan jamais observé dans l’Atlantique, Harvey en 2017 qui a largué plus d’eau qu’aucun autre sur les Etats-Unis, Ophelia en 2017 qui s’est formé au nord-est de tout autre ouragan de catégorie 3 dans l’Atlantique, ou encore Donna, également en 2017, qui a été le plus fort cyclone jamais enregistré au mois de mai (hors saison) dans l’hémisphère sud…

Des ouragans qui montent vers le nord et sont favorisés par… la lutte contre la pollution aux aérosols !

Ainsi, si le débat se poursuit pour savoir si le réchauffement planétaire provoquera à l’avenir plus ou moins d’ouragans, cette étude confirme ce que prédisent les modèles climatiques: les cyclones tropicaux les plus puissants, donc potentiellement les plus dangereux, augmenteront bel et bien et la vitesse maximale de leurs vents s’accroîtra également, donc deviendra de plus en plus destructrice. Logique en fait: les tempêtes tropicales trouvent leur énergie dans l’évaporation des eaux océaniques, et, de manière générale, la vitesse maximale du vent augmente au fur et à mesure où il y a plus d’énergie en circulation dans l’atmosphère.

Ce n’est pas tout: les scientifiques ont noté que l’emplacement moyen où les ouragans atteignent leur pic de vitesse migre vers les pôles et que les zones où ils ont un impact s’élargissent, avec des augmentations de risques dans des régions qui, historiquement, restaient moins menacées. La nouvelle zone à risque inclus New-York, la Nouvelle-Angleterre en Amérique du Nord ou encore l’Europe de l’ouest, comme a pu le laisser présager Ophelia l’an passé. Dès 2013, une étude a conclu qu’en 2100 les tempêtes d’origine tropicale pourraient affecter l’Europe bien plus fréquemment.

Pire encore si l’on peut dire: les modèles climatiques montrent que la pollution par les aérosols, qui a tendance à limiter le réchauffement planétaire, affaiblit également les tempêtes tropicales, ce qui complique la détermination des tendances réelles. Par exemple, c’est dans l’Atlantique nord que les scientifiques ont enregistré la plus forte augmentation d’ouragans violents depuis 1979, « cette tendance ayant probablement été dopée par la baisse des aérosols sulfatés durant cette période », expliquent-ils.

Un drame s’annonce donc : plus la lutte contre la pollution aux aérosols va être efficace, plus elle aura tendance à aggraver le réchauffement global, les précipitations et les ouragans violents !

Vers une catégorie 6 des ouragans pour les phénomènes les plus destructeurs ?

Au final, on peut donc en particulier s’attendre -et se préparer peut-être, non ?- à une augmentation des phénomènes de catégories 4 et 5, et surtout à des phénomènes de force jusqu’alors inédite. D’où l’idée de rajouter une catégorie 6 aux cinq catégories d’ouragans déjà existantes dans l’échelle de Saffir-Simpson, ce pour quoi milite Michael Mann.

– Catégorie 1 avec des vents d’environ 120 à 150 km/h – phénomène faible

– Catégorie 2 avec des vents d’environ 150 à 175 km/h – phénomène modéré

– Catégorie 3 avec des vents d’environ 175 à 210 km/h – ouragan fort

– Catégorie 4 avec des vents d’environ 210 à 250 km/h – ouragan très fort

– Catégorie 5 avec des vents de plus de 250 km/h- ouragan dévastateur

La catégorie 6 pourrait donc concerner les vents de 300 km/h et plus, pour des événements « extrêmement dévastateurs ». Déjà, Irma a soutenu des vents de 300 km/h pendant 37 heures dans l’Atlantique, selon nos quatre scientifiques. Même constat pour Haiyan pendant 24 heures dans le Pacifique… A partir d’une telle puissance, il apparaît que plus grand chose ne résiste et que les dégâts sont eux aussi sans précédent quand l’ouragan frappe les côtes. Et c’est d’autant plus vrai si morts et dommages matériel sont également causés par les eaux: pluies torrentielles, inondations, poussée de la mer… Or, la probabilité de précipitations diluviennes a également augmenté au cours des décennies récentes et le niveau de la mer monte lui aussi, toujours en raison du réchauffement global issu de nos émissions de gaz à effet de serre. Tout ce pouvoir destructeur finit même par menacer les abris jusqu’alors spécialement étudiés… Précision: plus de 60% des êtres humains vivent actuellement à moins de 150 kilomètres des côtes et cette concentration a encore tendance à se renforcer.

Ainsi, à l’aube de la saison 2018 des tempêtes tropicales dans l’Atlantique nord, qui commence officiellement en juin mais qui a déjà connu Alberto en mai, les scientifiques s’inquiètent aux Etats-Unis du fait que les populations côtières vont devoir faire face à de plus en plus d’ouragans aux vents et aux pluies si intenses que l’actuelle échelle d’alerte ne les prendra pas pleinement en compte… Et donc ne pourra pas sauver autant de vies que possible. L’agence américaine NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration, prévoit cinq à neuf ouragans durant cette saison, dont un à quatre super ouragans. L’Université de l’Etat du Colorado prédit de son côté deux ouragans majeurs avec 51% de chances que les Etats-Unis soient touchés à un endroit ou à un autre… Et pour les îles françaises des Caraïbes ?

(*) C’est-à-dire depuis que les cyclones sont observés par satellites, période qui correspond par ailleurs au 3/4 du réchauffement global observé.

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