Donald Trump et la question climatique

Remise en cause de l’Accord de Paris sur le climat, arrêt des versements financiers des Etats-Unis pour les projets des Nations-Unis sur les changements climatiques, revitalisation de l’industrie du charbon, accentuation de la recherche de gaz et de pétrole de schistes, réactivation de l’oléoduc Keystone… Tels sont quelques « projets » du prochain président américain Donald Trump… Avec l’assurance, s’ils sont appliqués, d’une augmentation des émissions de gaz à effet de serre en provenance des Etats-Unis.

Donald Trump durant sa campagne.

Donald Trump durant sa campagne.

Alors que la COP 22 (1) vient d’ouvrir à Marrakech et doit se poursuivre jusqu’au 18 novembre, les jours « historiques » pour la planète se succèdent, mais pas dans le même sens: entrée en vigueur de l’Accord de Paris le 4 novembre puis élection « surprise » du milliardaire Donald Trump à la tête des Etats-Unis quatre jours plus tard.

L’entrée en vigueur de l’Accord de Paris est technique: elle a eu lieu de manière programmée, 30 jours après que 55 pays représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre aient ratifié le texte adopté par la communauté internationale lors la COP21, fin 2015 à Paris. Les pays l’ayant ratifié sont désormais plus de cent. Parmi eux, la Chine et les Etats-Unis qui ont tenu à montrer leur « accord » pour inciter d’autres pays à suivre leur voie. La COP 22 a de son côté prévu de discuter de la mise en œuvre de cet accord.

Les changements climatiques ? Un « concept » chinois pour affaiblir l’économie des Etats-Unis 

L’élection du marchand de « rêve américain » Donald Trump à la Maison Blanche envoie quant à elle un énorme pavé dans cette mécanique qui paraissait jusqu’alors elle-même « historique ». En effet, si les Etats-Unis ne pourront pas empêcher la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat, selon la ministre de l’Ecologie française Ségolène Royal, ledit accord ne prévoit pas pour autant de sanctions pour ceux qui ne respecteraient pas leurs engagements. Or, Donald Trump a promis aux Américains de l’annuler, tout en évoquant son souhait de « stopper tous les paiements des Etats-Unis pour les programmes des Nations-Unies relatifs aux changements climatiques ». Donc, quid de l’objectif américain fixé par l’équipe Obama ? Quid de l’accord avec la Chine ? Quid du Fonds vert pour le climat afin d’aider les pays les plus vulnérables ?

D’autre part, le programme « American first » et les discours de Donald Trump, qui a déjà fait part de son climatoscepticisme à plusieurs reprises, laissent clairement envisager une accentuation de la recherche de gaz et pétrole de schiste (par exemple en forant sur les terrains fédéraux),  la réactivation du projet d’oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats-Unis, rejeté par l’actuel président américain Barack Obama en 2015, ou encore une revitalisation de l’industrie US du charbon mise à mal depuis une dizaine d’années par la production de gaz à bas prix. Et ce type de promesses semble bien avoir porté ses fruits électoraux dans des états charbonniers et industriels comme la Pennsylvanie, la Virginie occidentale, le Michigan, l’Ohio, le Wisconsin…

Le bouleversement climatique qui s’annonce n’aura cure du « rêve américain » et de son effondrement

Traduction: l’application des « projets » de Donald Trump liés aux énergies fossiles, cœur de l' »indépendance énergétique » envisagée, c’est bien l’assurance de davantage d’émissions de gaz à effet de serre en provenance des Etats-Unis. Ce qui n’est pas contradictoire de la part d’une personne qui « twittait » en 2012 que le « concept de changements climatiques » avait été créé par les Chinois pour affaiblir l’économie des Etats-Unis ou qui voudrait « une bonne grosse dose de réchauffement climatique » quand il trouve qu’il fait trop froid. Outre les émissions de gaz carbonique et de méthane américaines, cela pourra en plus avoir un effet dévastateur sur les émissions des pays en développement, actuellement déjà en nette augmentation.

Les scientifiques avaient jusqu’alors des doutes sur les capacités réelles de l’humanité de parvenir effectivement à limiter le réchauffement planétaire à +2°c depuis l’époque préindustrielle. Avec quatre ans de Donald Trump, ils risquent bien ne plus en avoir du tout… A moins que le choc de cette élection participe à faire prendre conscience à une masse critique d’individus que la mobilisation citoyenne et l’engagement de chacun dans sa propre transition réelle, sont les vrais moteurs de la nécessaire sortie des énergies fossiles… A moins que Donald Trump lui-même -sait-on jamais, mieux vaut tard que jamais- soit rattrapé par l’écrasante réalité et l’ampleur du bouleversement climatique qui s’annonce… Un bouleversement qui, pour sa part, n’aura cure du « rêve américain » et de son effondrement.

(1) 22e Conférence des parties (ou pays) adhérant à la Convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

3 réflexions au sujet de « Donald Trump et la question climatique »

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