Petit état climatique 2021 de la planète

Températures moyennes, records de chaleur, émissions et concentrations de CO2 et de méthane, dégel du pergélisol, fonte des banquises et des calottes glaciaires, hausse du niveau de la mer, tempêtes, acidification des océans, courants marins, forêts, sols, biodiversité, incendies, sécheresses, inondations, déplacements de populations… Tour d’horizon d’une Terre en surchauffe.

Les concentrations de CO2 et de méthane vont encore battre leurs records en 2021, comme elles l’ont fait en 2020, 2019, etc. Les 7 dernières années sont les plus chaudes de l’ère industrielle. La fonte des glaces, la dégradation du pergélisol ainsi que la hausse du niveau de la mer s’accroissent. La violence des vents augmente. Les océans s’acidifient et se désoxygènent. Le Gulf Stream s’affaiblit. Les forêts, les sols et tous les écosystèmes souffrent. En 2020, près de 1000 événements (sécheresses, inondations, tempêtes….) ont été enregistrés par le réassureur Munich Re -qui assure des compagnies d’assurance- pour un coût de plus de 200 milliards de dollars.

Températures moyennes

2021 sera à coup sûr la 45ème année consécutive dont la température moyenne de la Terre se situera au-dessus de la température moyenne du 20e siècle. Elle ne devrait pas pour autant venir concurrencer 2016 et 2020 pour le record de l’année la plus chaude, du fait de l’actuel phénomène « refroidissant » La Nina dans l’Océan Pacifique équatorial. Cependant, l’agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) lui donne à ce stade plus de 85% de chance de faire partie du TOP 8 des années les plus chaudes, ce qui ferait donc des huit dernières années les huit plus chaudes de notre ère industrielle. La moyenne des deux premiers mois de l’année la situe pour l’instant en 7ème position. La moyenne des températures mondiales mensuelles lissées sur cinq ans montre un réchauffement global de +1,2°C depuis la fin du 19e siècle, toujours selon les données de NOAA: environ +1°C à la surface des océans et +2°C à la surface des continents qui se réchauffent plus rapidement. Avec déjà +1,5°C (l’objectif à ne pas dépasser d’après la conférence climat 2015 de Paris), l’hémisphère nord se réchauffe plus vite que l’hémisphère sud où les océans sont largement dominants.`

Records de chaleur

Les premiers mois de 2021 confirment la tendance, même s’ils n’arrivent pas en tête dans les classements: depuis le début des années 2000 il y a un décrochage entre d’un côté le nombre de records de chaleur, qui explose, et de l’autre le nombre de records de froid, tendant clairement vers zéro. Que ce soit à la surface des océans ou à la surface des continents, les records de chaleur moyenne mensuelle peuvent régulièrement atteindre chaque mois 5 à plus de 10% de la surface de la planète, selon NOAA. Record actuel toutes catégories confondues: le mois d’octobre 2015 avec plus de 20% de la surface du globe qui a battu son record de chaleur.

Deux symboles ont marqué l’année 2020: les 38°C relevés en Sibérie, à Verkhoyansk, le 20 juin et les 54,4°C enregistrés dans la Vallée de la Mort, en Californie, le 16 août. Outre la Californie, les vagues de chaleur ont notamment touché la France, l’Australie, la Sibérie.

Selon le GIEC, nous pourrions assister sur le continent européen à l’augmentation des pertes économiques et des personnes affectées par les épisodes de chaleur extrême avec des impacts sur la santé et le bien-être, la productivité du travail, la production des cultures, la qualité de l’air, et l’accroissement des feux de forêts, notamment en Europe du Sud et en Russie boréale.

Concentration atmosphérique de CO2

En moyenne journalière, voire même hebdomadaire, la barre des 420 parties par million (ppm) de CO2 dans l’atmosphère pourrait être dépassée (sinon approchée de très près) dès ce mois d’avril ou de mai à l’observatoire référent de Mauna Lo (Hawai). En effet, c’est la saison pendant laquelle elle est la plus élevée de l’année, du fait du repos hivernal des végétaux de l’hémisphère nord,

Durant quasiment le dernier million d’années, marqué par des périodes glaciaires et interglaciaires, la concentration de CO2 n’avait jamais dépassé 280 ppm. En moins de deux siècles, nous avons donc désormais accru ce maximum de tout juste 50%, à cause principalement de notre utilisation de pétrole, de charbon et de gaz naturel. Pour retrouver dans l’histoire de la Terre une telle concentration de dioxyde de carbone, il faut remonter à trois millions d’années. Le genre Homo n’était pas encore vraiment de ce monde, la température moyenne à la surface du globe était de 3 à 4 degrés plus chaude, il n’y avait pas de calotte glaciaire importante dans l’hémisphère nord, on trouvait des arbres en Antarctique, le niveau de la mer était 15 à 20 mètres plus haut… Aucune de nos actuelles villes de bord de mer n’existerait sur le globe.

Emissions et séquestration de CO2

Du fait des confinements liés au Covid, les émissions de CO2 issues des combustibles fossiles ont été en 2020 de l’ordre de 34 milliards de tonnes contre 36,4 milliards en 2019, selon l’organisme Global Carbon Project, soit une baisse de 7%. Il faudrait que la baisse soit au moins de 50% pour que l’accumulation de dioxyde de carbone dans l’atmosphère s’arrête. Tout le CO2 que nous émettons n’est pas stocké dans l’atmosphère, les écosystèmes terrestres et les océans en captent une bonne partie, 54% en 2020. Sur la période 2010-2019, les océans en ont en moyenne absorbé chaque année 9,2 gigatonnes (milliards de tonnes) et les écosystèmes terrestres 12,5 gigatonnes, toujours selon Global Carbon Project. Mais cela provoque une acidification des océans et accélère le cycle du carbone. De plus, ce stockage est appelé à se réduire car plus une eau est chaude moins elle peut capter de CO2 et plus il fait chaud moins les végétaux peuvent survivre.

Dégel du pergélisol

Le dégel du pergélisol (permafrost en anglais), sol jusqu’alors gelé en permanence et qui maintenant s’affaisse, bouleverse déjà les paysages de l’Arctique. NOAA souligne que les taux d’érosion du pergélisol côtier se sont accrus en 2020, « dans les régions où une forte proportion de résidents de l’Arctique vivent et où les activités industrielles, commerciales, touristiques et militaires sont en expansion ».

Le dégel du pergélisol est également un amplificateur du réchauffement global. Jusqu’alors, cette amplification était estimée à environ 10% du réchauffement dû aux activités humaines. Une étude publiée en 2020 double la mise, à cause de ce que les scientifiques appellent des « dégels brutaux », c’est-à-dire des dégels de sols truffés de glace. A ce stade, NOAA estime que « la fonte du pergélisol dans l’Arctique pourrait libérer entre 300 et 600 millions de tonnes de carbone nettes par année dans l’atmosphère ».

Irréversible à notre échelle de temps, la dégradation du pergélisol possède son propre moteur: quand il dégèle, ce sol accroît l’humidité et permet à des microbes de sortir de leur hibernation, de décomposer le carbone qui restait jusqu’alors piégé (ce qui libère donc CO2, méthane et chaleur), de se développer, et éventuellement d’être nocifs pour la vie. Comme l’actuel coronavirus. Si l’humanité parvient à limiter le réchauffement à +2°C, les sols gelés de l’hémisphère nord pourraient quand même perdre d’ici 2100 jusqu’au deux tiers de leur surface initiale, selon le GIEC. Au total, le pergélisol contient près de deux fois plus de carbone que l’atmosphère.

Concentration de méthane

La concentration de méthane (CH4) dans l’atmosphère pourrait dépasser 1900 parties par milliard (ppb) en 2021. En novembre 2020, elle a atteint le record de 1891,9 ppb, selon le Global Monitoring Laboratory de NOAA, soit 16,3 ppb de plus qu’en novembre 2019. A cette vitesse, la barre des 2000 ppb sera franchie dans quelques années. C’est plus de deux fois et demie la concentration qui existait avant notre ère industrielle.

Après le CO2, le méthane est le deuxième gaz à effet de serre persistant dans l’atmosphère. Sur une échelle d’un siècle, il est considéré à quantité égale comme 30 fois plus puissant que le CO2. Mais si on réduit l’échelle à une période de 20 ans, il est 86 fois plus puissant, estimation actuelle. Ce qui veut dire qu’à hautes doses, le méthane a la capacité de réchauffer très rapidement l’atmosphère comme le montre l’histoire de la Terre, et donc d’emballer le réchauffement. Il a également la capacité de produire de l’ozone dans la basse atmosphère et de la vapeur d’eau dans la stratosphère.

De nombreuses incertitudes existent sur les niveaux des émissions de ce gaz à effet de serre produit à la fois dans la nature (milieux humides, rivières, lacs, termites, volcans, incendies, pergélisol, suintements marins,…) et par les activités humaines (élevage de ruminants, rizières, déchets, exploitations des énergies fossiles…). Néanmoins, Global Carbon Project estime qu’environ 60% des émissions de méthane sont anthropiques. Cela représente actuellement près de 400 mégatonnes (millions de tonnes) par an. Si la plus grande partie est oxydée par les radicaux hydroxyles (OH), environ 13 mégatonnes de méthane s’accumulent chaque année dans l’atmosphère.

Fonte des banquises

La fonte des glaces de mer n’augmente pas le niveau de la mer. Néanmoins, moins il y a de banquises, notamment en Arctique, plus la Terre absorbe la chaleur du soleil, et donc plus le réchauffement s’amplifie. En cet hiver 2021, la superficie maximale de la banquise arctique s’est élevée le 21 mars à 14,767 millions de kilomètres carrés, selon l’agence américaine National Snow and Ice Data Center (NSIDC), ce qui la met dans la moyenne enregistrée dans la décennie précédente, en baisse d’environ 500 000 km2 par rapport aux début des années 2000. En 2020, la superficie minimale a été atteinte le 15 septembre avec 3,757 millions de km2, niveau qui se rapproche du record de 2012, 3,387 millions de km2. Depuis les années 1990, cette superficie minimale se réduit chaque décennie de l’ordre d’un million de kilomètres carrés. Pour la période 2011-2019, elle a été en moyenne de 4,488 millions de kilomètres carrés. Avec la même tendance, la moyenne de la décennie 2020-2030 devrait être à peu près du niveau du record de 2012.

En volume, l’océan Arctique perd environ 3200 km3 de glace par décennie. Depuis 10 ans, le volume minimum de glace est régulièrement passé sous la barre des 5000 km3 au mois de septembre, selon les données du Polar Science Center de l’Université de Washington. En suivant cette tendance, un Arctique temporairement libre de glace en fin d’été n’est donc pas à exclure dès cette décennie.

Fonte des calottes glaciaires

Les pertes de glace estivales de la calotte glaciaire du Groenland restent depuis plus de 20 ans supérieures aux accumulations hivernales. Autrement dit, ce glacier géant se réduit d’année en année. La fonte de la totalité de sa masse de glace équivaut à une hausse du niveau de la mer de 7,4 mètres. En 2020, le Groenland aurait abandonné près de 300 gigatonnes de glace à la mer, selon NOAA. Le record a été établi en 2019 avec 532 gigatones perdues. Il reste encore beaucoup d’incertitudes sur la dynamique de fonte de la glace du Groenland. L’histoire de la Terre montre qu’elle peut se transformer en importantes débâcles d’icebergs comme le suggèrent des débris de roche retrouvés dans les sols de l’Atlantique-Nord par les géologues.

Dans l’hémisphère sud, la perte annuelle de glace est estimée à plus de 200 milliards de tonnes par an (219 en moyenne entre 2012 et 2017) par The Antarctic Report. C’est environ trois fois plus que dans la décennie précédente (73 milliards de tonnes). Et ça fond à l’Ouest comme à l’Est.

La calotte glacière de l’Antarctique occidental est sujette à désintégration dans l’histoire des réchauffements de la Terre. Sa fonte représenterait une hausse supplémentaire de 3 à 4 mètres du niveau de la mer. Ici, le glacier Thwaites, long de 600 km et large de 120 km, perd actuellement environ 80 milliards de tonnes de glace chaque année, « Il est déjà entré dans les premiers stades de l’effondrement, et l’effondrement rapide et irréversible est probable dans les 200 à 1000 prochaines années », indiquait une étude parue il y a déjà six ans, Mais ce pourrait être plus rapide. En 2020, des scientifiques ont montré que ce glacier géant était parcouru par d’importants canaux d’eau en profondeur, accélérant sa fonte par dessous, et qu’il devrait donc à terme se détacher, entraînant avec lui les autres glaciers de l’Antarctique-Ouest.

Dans l’Antarctique oriental, le plateau de glace de Totten, grand comme la France et dont la masse représente une élévation du niveau de la mer d’au moins 3,5 m, s’érode également par dessous. Or, ce glacier possède une partie accrochée au continent et une partie flottante à la surface de l’eau, ce qui le fragilise encore plus.

Hausse du niveau de la mer

Si l’on cumule les risques concernant la fonte des trois calottes glaciaires du Groenland, de l’Antarctique-Ouest et de l’Antarctique-Est, une hausse minimum du niveau de la mer de l’ordre de 15 mètres peut être envisagée. Actuellement, le niveau moyen de la mer a augmenté d’environ 25 cm depuis le début de l’ère industrielle, dont environ 4 cm dans la dernière décennie, selon les données de l’organisme de recherche australien CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation). Et le rythme approche désormais 5 mm par an. Cette hausse suit une courbe à tendance exponentielle et les prévisions du GIEC s’aggravent de rapport en rapport. Le rapport 2007 donnait une fourchette moyenne de +18 à +59 cm à l’horizon 2100. Le rapport 2014 a relevé l’estimation: +26 à + 82 cm, avec une hausse extrême à + 98 cm pour un réchauffement pouvant atteindre 4,8°C. Il y a tout à parier que le prochain rapport du même GIEC, prévu pour 2021-2022, aggrave une nouvelle fois les perspectives, parce que les scientifiques ont constaté que la fonte des glaces est bien plus rapide qu’initialement envisagé. Par exemple, l’Académie des sciences des Etats-Unis envisage désormais, sur la base d’un réchauffement de +5°C, une hausse pouvant dépasser 2 mètres à l’horizon 2100 et 7 mètres à l’horizon 2200.

Tempêtes

En 2020, la saison cyclonique de l’Atlantique Nord a atteint le record de 30 systèmes tropicaux dont 13 sont devenus des ouragans (vents de plus de 116 km/h). Au niveau mondial, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) précise que « le nombre de cyclones tropicaux a été supérieur à la moyenne », avec 96 événements enregistrés au 17 novembre. Les tempêtes ont en particulier frappé les Caraïbes, la Floride, le Honduras, l’Europe, le Sri Lanka, le Bangladesh, l’Inde, les Philippines, les îles Fidji…

Néanmoins, il n’est pas démontré à ce jour que le réchauffement planétaire multiplie ces phénomènes. En revanche, il accroît clairement leur potentielle puissance, donc le nombre des tempêtes les plus violentes. Des scientifiques ont montré qu’en moins de 40 ans, la fréquence des événements affichant des vents maximum d’au moins 200 km/h a doublé, et qu’elle a triplé pour les phénomènes atteignant 250 km/h et plus. Certains militent même pour qu’une catégorie 6 soit rajoutée dans l’échelle de Saffir-Simpson pour les vents de plus de 300 km/h. Ces scientifiques ont également montré que la zone d’impact des ouragans dans l’Atlantique montait vers le nord, à la fois vers les Etats-Unis et l’Europe de l’ouest. D’autre part, en France par exemple, il suffit d’interroger les marins, navigateurs ou pêcheurs, pour apprendre qu’ils subissent désormais régulièrement des trombes l’été alors que c’était jusqu’alors exceptionnel.

Courants marins

Le changement climatique ne fait pas que réchauffer l’atmosphère et les océans. Il modifie également les courants marins. Un exemple spectaculaire est celui du Gulf Stream, courant qui part du Golfe du Mexique, qui vient tempérer le climat de l’Europe occidentale, puis qui se dirige vers le pôle sous le nom de « Dérive atlantique nord ». Il plonge ensuite dans les fonds océaniques et reprend la direction du sud dans les profondeurs avant de regagner la surface avec des nutriments qui, avec la lumière du soleil, créent du plancton, captant lui-même du CO2 atmosphérique.

Les estimations se suivent et se ressemblent. Des chercheurs les ont dernièrement compilées dans une étude parue début 2021: à cause d’une eau de moins en moins salée du fait de la fonte des glaces, ce courant s’est significativement affaibli au cours du XXeme siècle par rapport au dernier millénaire. Dans un premier temps, la poursuite de cet affaiblissement devrait causer à la fois davantage de tempêtes et de vagues de chaleur en Europe, et moins de CO2 atmosphérique capté les océans. Et si ce courant n’arrive finalement plus à plonger dans les eaux polaires, alors il faut notamment s’attendre à un refroidissement régional brutal en Europe, rétroaction négative du système climatique, ou « surprise climatique » pour les spécialistes… Et avec de multiples autres conséquences : dépérissement de l’Amazonie, surplus de réchauffement dans l’océan Austral, changement des régimes de moussons, impact sur le phénomène « réchauffant » El Nino… Dans son rapport de 2013-2014, le GIEC envisageait déjà que ce « tapis roulant » de courants pourrait perdre jusqu’à plus de la moitié de sa force dans ce siècle. Depuis, une étude a notamment estimé qu’il y a près d’une chance sur deux pour qu’il s’effondre avant 2100 dans la Mer du Labrador.

Acidification des océans

En accumulant du CO2 atmosphérique, les eaux océaniques s’acidifient, c’est-à-dire que leur pH diminue. Cela affaiblit la production chimique d’ions carbonates, nécessaires pour que les végétaux et animaux marins puissent fabriquer leurs coquilles et squelettes. L’acidité moyenne des eaux marines a progressé de plus de 25 % depuis le début de notre ère industrielle (pH 8,1 contre 8,2) et pourrait augmenter de 150% supplémentaires à l’horizon 2100 (pH entre 7,7 et 7,8). Le rythme de cette augmentation n’a pas d’équivalent depuis des dizaines de millions d’années. De plus, l’acidification se combine avec le réchauffement des eaux et la baisse du taux d’oxygène qui en découle (moins 77 à 145 milliards de tonnes, soit 1 à 2%), ce qui devient « une menace majeure pour les écosystèmes océaniques », selon l’OMM. Si certaines algues peuvent en profiter, le plancton, les récifs coralliens, les coquillages, les crustacés et autres poissons font déjà ou feront partie des victimes, directes ou indirectes. Tout comme les êtres humains qui en vivent, bien sûr. Selon NOAA, il faut remonter à une quinzaine de millions d’années pour retrouver un pH de 7,8. La terre était alors bien plus chaude et une extinction majeure se produisait.

Forêts

En 2020, les émissions mondiales de CO2 dues aux changements d’affectation de terres sont estimées par Global Carbon Project à 6 milliards de tonnes: 16 milliards de tonnes émises par la déforestation et en partie compensées par une dizaine de tonnes de CO2 captées par les plantes qui repoussent. Ces émissions ont principalement lieu dans les régions tropicales: Amérique Latine, Afrique Sub-Saharienne, Sud-Est asiatique… La FAO estime que 420 millions d’hectares de forêts ont disparu depuis 1990 et que le rythme actuel de la déforestation est de 10 millions d’hectares par an. Elle estime également que plus de 100 millions d’hectares de forêts souffrent de diverses agressions: incendies, action des ravageurs, maladies, espèces envahissantes, sécheresses et événements climatiques…

Représentant 30% de la couverture forestière mondiale et plus du tiers du carbone terrestre, les forêts boréales se réchauffent environ deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale, avec des étés devenant trop chauds pour les essences dominantes, une vulnérabilité croissante face aux maladies et aux ravageurs, une reproduction de plus en plus difficile, ainsi que des incendies de plus en plus nombreux…

De son côté l’Amazonie, deux fois plus grande que l’Inde et qui « auto-génère » grâce à l’évapotranspiration la moitié de ses précipitations, voit les pluies qui l’arrosent se réduire. 17% de sa surface a déjà été défrichée. Au-delà de 20-25%, les chercheurs estiment que le massif forestier lui-même ne pourra plus maintenir les précipitations nécessaires à sa survie et aura de plus en plus tendance à se transformer en savane.

Tout cela relarguera bien sûr du carbone dans l’atmosphère.

Sols

Plus le réchauffement global de la planète progresse, moins les sols sont capables de stocker du CO2. Publié en 2019, le rapport spécial du GIEC sur le changement climatique et les sols souligne que les activités humaines affectent jusqu’aux trois quarts des terres libres de glace de la planète. Il estime notamment que l’érosion des sols due à la culture avec labourage traditionnel peut être plus de 100 fois plus élevée que le taux de formation du sol. Selon lui, environ un demi milliard d’êtres humains vivaient en 2015 dans des zones ayant subi une désertification entre les années 1980 et les années 2000, notamment autour du Sahara, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est.

Cette dégradation des terres est exacerbée par le changement climatique: accroissement de l’intensité des précipitations, inondations, augmentation de la sévérité et de la fréquence des sécheresses, stress hydrique, vent, vagues et hausse du niveau de la mer, fonte du pergélisol… Ainsi, si l’accroissement de la concentration CO2 dans l’atmosphère a jusqu’alors favorisé l’augmentation du stockage de CO2 par les écosystèmes terrestres (effet fertilisant du dioxyde de carbone, allongement de la saison de croissance), le GIEC souligne que l’augmentation nette des émissions de CO2 issues des plantes et des sols sous l’effet du changement climatique va contrer cette dynamique et que la persistance du puits à CO2 que constituent ces sols et plantes devient incertaine. Une récente étude a notamment mis en évidence que la respiration des sols (par les micro-organismes, les racines ) qui émet du CO2, progresse dès à présent plus rapidement que la production végétale qui capte du CO2.

Biodiversité

Selon l’ONU, l’extinction guette près d’un million d’espèces animales et végétales, menaçant en particulier les espèces d’eau douce puisque 84 % d’entre elles se sont éteintes depuis 1970. Les facteurs de cette hécatombe sont multiples: changements d’usage des terres et des mers, exploitation des ressources, pollution, espèces envahissantes… Et bien sûr changement climatique, « Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier », indique Robert Watson, président de l’IPBES, Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques.

Incendies

« La saison des incendies a été la plus active de ces 18 dernières années, en particulier aux États-Unis, où les plus grands incendies jamais enregistrés se sont produits à la fin de l’été et en automne », souligne l’OMM. Le feu a également attaqué la Sibérie dès le printemps. Les destructions s’estiment en millions d’hectares: plus de 9 millions en Sibérie, près de 6 millions aux Etats-Unis, plus de 2 millions en Amazonie… Bien sûr, les incendies libèrent instantanément du carbone dans l’atmosphère, sous forme de CO2, de méthane, de particules,…

Sécheresses

En 2020, des sécheresses massives ont touché l’Australie, l’intérieur de l’Amérique du Sud (Argentine, Paraguay, Brésil), le Sud-Ouest des Etats-Unis. Un cinquième du territoire des Etats-Unis était déclaré en situation de sécheresse au moins « modérée » à la fin du mois de juillet.

Inondations

En 2020, de graves inondations ont touché des millions de personnes en Afrique de l’Est (Somalie, Ethiopie) et au Sahel, en Asie: Inde, Bengladesh, Afghanistan, Chine, Vietnam. D’importants glissements de terrain ont été enregistrées en Indonésie et au Kenya. Selon les données du GIEC, nous pouvons assister également en Europe à l’augmentation des pertes économiques et des personnes affectées par les inondations dans les bassins de rivière, sur les côtes, cela en raison de l’augmentation de l’urbanisation, de la montée des eaux, de l’érosion et des crues.

Insécurité alimentaire

750 millions de personnes seraient en situation d’insécurité alimentaire dans le monde selon la FAO. Qu’il s’agisse de sécheresses, d’inondations ou encore d’invasions d’insectes, des pertes importantes de cultures ou de terres sont signalées en 2020 au Brésil, au Honduras, en Argentine, en Somalie, en Ethiopie, au Bangladesh…

Déplacements de populations

Selon l’OMM, « environ 10 millions de déplacements, en grande partie dus à des risques et des catastrophes hydrométéorologiques, ont été enregistrés » au cours du seul premier semestre de 2020, notamment en Inde, au Bangladesh, en Chine, dans les Philippines et en Somalie. En 2019, 25 millions de déplacements ont été comptabilisés, principalement en Asie.

Interactions et réactions du système climatique

CO2, méthane, fonte des glaces et du pergélisol, courants marins, circulation atmosphérique, incendies, sécheresses, inondations, bouleversements d’écosystèmes, vie animale et humaine… Tout est intimement lié dans le système climatique de la Terre, avec des seuils de basculement au-delà desquels les changements deviennent définitifs, plus ou moins brutalement, et éventuellement avec des réactions en cascades. Autrement dit, au-delà de ces points de basculement, le système climatique, en déséquilibre énergétique trop important, réagit lui-même pour amplifier ou contrarier les changements qui lui sont imposés, afin de chercher un éventuel nouvel équilibre physique, à son échelle de temps (qui n’est pas du tout la nôtre). Fin 2019, des scientifiques ont écrit ceci dans une étude relative à ce sujet: « Nous soutenons que le temps d’intervention restant pour empêcher le basculement pourrait déjà être réduit à zéro, alors que le temps de réaction pour atteindre un zéro net d’émissions est de 30 ans au mieux. Par conséquent, nous avons peut-être déjà perdu le contrôle de ce qui se passe ».

2 réflexions sur « Petit état climatique 2021 de la planète »

  1. Bonjour Vincent,
    Très bonne synthèse des connaissances actuelles sur le réchauffement climatique. A cela, je pourrais juste ajouter comme conséquence indirecte des bouleversements climatiques, les risques majeurs de confits armés entre diverses nations pour l’accès à l’eau nécessaire à la survie des humains, du bétail et à l’irrigation des cultures céréalières.

  2. Ping : Records de concentration de CO2: 320 ppm en 1960, 400 en 2013, 420 en 2021, 450 en vue… Ça veut dire quoi ? | Dr Pétrole & Mr Carbone

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