Conférences internationales sur le climat (COP): les énergies fossiles toujours partenaires

Quelques mois avant la Conférence des Nations-Unies de Paris sur le climat, voilà que le spectre des combustibles fossiles, les plus grands responsables des émissions de CO2, s’invite pour le financement de cette COP21. Cependant, ce n’est pas réellement une surprise, plutôt un classique. Problème: l’humanité a un planning très serré pour sortir définitivement du pétrole, du charbon et du gaz. Sinon, adieu la limite des +2°C…

Engie, ex GDF-Suez, subventionnait déjà la précédente COP à LIma en compagnie notamment de Chevron, Shell...

GDF-Suez, maintenant Engie et qui installe des centrales à charbon dans différents pays, subventionnait déjà la précédente COP à Lima (Pérou), en compagnie notamment de Chevron, Shell…

Ce n’est pas une nouveauté: les maîtres du pétrole, du gaz et du charbon, tous à l’origine de l’immense majorité des émissions de CO2, ont l’habitude de s’infiltrer dans les négociations internationales sur le climat, ce qui pourrait du reste faire partie des raisons pour lesquelles, au bout de vingt COP (1), les émissions de dioxyde de carbone d’origine humaine ont quand même réussi à progresser de l’ordre de 50% !

Des partenaires nommés EDF, GDF-Suez (Engie), Suez-Environnement… que l’on retrouve au Club France Développement Durable, maître d’ouvrage de Solutions-Cop21

A ce jour, la version française de ces conférences des Nations-Unies, en décembre prochain (COP21), ne semble pas vraiment en mesure de mettre fin à cette présence. Ainsi trouve-t-on parmi les premiers financeurs pour payer un peu de la note de 170 millions d’euros de cette COP, des groupes comme GDF-Suez (désolé, on dit maintenant Engie, mais du coup ça fait moins… Gaz de France), Suez Environnement, EDF ou encore Air France et Renault-Nissan parmi les entreprises directement sous dépendance fossile… Ce qui est le cas même quand on produit des voitures électriques puisque, dans le monde, l‘électricité provient aux deux tiers des combustibles fossiles, et en premier lieu du charbon. La nouvelle a provoqué l’ire d’organisations comme le Réseau Action Climat, Attac, Oxfam, 350.org,…

Souvenons-nous: n’est-ce pas à Doha, capitale du Qatar, imminent symbole gazier, qu’a eu lieu la COP 2012 ? GDF-Suez ne sponsorisait-il pas déjà la dernière COP à Lima au Pérou (COP 20) aux côtés de Chevron ou encore de Shell ? Si. Le groupe français appartient également au Club France Développement Durable, avec notamment Véolia, EDF, Suez Environnement… Et dans la COP21, ce “Club France” est en quelque sorte maître d’ouvrage de Solutions-COP21, un dispositif qui bénéficiera d’un pavillon sur le site des négociations internationales, au Bourget, et qui investira en plein Paris le Grand Palais pour y présenter les solutions de ses acteurs à la crise climatique et énergétique… C’est-à-dire en particulier les solutions de GDF-Suez, Suez Environnement, EDF, Véolia, etc. Des formules de partenariat (visibilité, prise de parole, accès privilégié…) allant de 75 000 à 250 000 euros, ont même été proposés pour les acteurs qui voulaient s’assurer une bonne présence.

EDF et Engie aiment le charbon, Suez-Environnement et Veolia aiment les hydrocarbures non conventionnels

Problème: si en France ces quatre “fleurons” du “Club Développement Durable” que sont EDF, GDF-Suef (Engie), Suez-Environnement et Veolia, se mettent largement en avant dans des publicités et des partenariats placés sous la bannière dudit “développement durable”, il n’en est pas vraiment de même à l’étranger.

Encore récemment, le groupe GDF-Suez (Engie) s’est lancé dans l’aventure d’une centrale à charbon au Maroc après avoir signé avec la Turquie, également pour une centrale à charbon, ou encore avec les Américains pour une usine de gaz de schiste. EDF développe pour sa part et par exemple un énorme projet de centrale thermique “moderne” mais au charbon en Pologne. Veolia voit quant à elle un grand potentiel dans le recyclage de l’eau servant à la fracturation hydraulique pour extraire les hydrocarbures de schiste. Elle fait déjà cela en Australie et regarde évidemment du côté des Etats-Unis. Enfin Suez Environnement s’intéresse elle aussi à ce business de l’eau usée des gaz de schiste et collabore en plus, via notamment sa filiale Degremont, à l’exploitation du pétrole offshore au large du Brésil en compagnie de Petrobas.

La bonne question serait de savoir quels sont les plans respectifs des Engie, EDF et Suez Environnement, pour sortir définitivement leurs activités des énergies fossiles ?

Question: alors que, selon les données du GIEC, la lutte contre le réchauffement global nous impose désormais (si l’on veut respecter une limite de réchauffement de +2°C ou a fortiori de +1,5°C) d’être sortis du pétrole, du charbon et du gaz d’ici quelques décennies seulement et de commencer à le faire le plus énergiquement possible dès maintenant, comment le fait d’installer de nouvelles centrales à charbon ou de participer au développement des hydrocarbures de schiste, pourrait-il être propice à guider le monde dans le bon sens?

Puisque GDF-Suez (Engie), EDF ou encore Suez-Environnement sont désormais estampillés grands “partenaires” de la COP21, la bonne question serait en fait maintenant de savoir quels sont concrètement leurs plans respectifs pour sortir définitivement leurs activités des énergies fossiles… A moins que leurs objectifs finaux soient en fait différents.

A l’occasion de la COP20 à Lima, l’organisation 350.org (2), a lancé une pétition pour que les entreprises liées aux énergies fossiles soit bannies des négociations internationales. 350.org a en effet notamment pu s’étonner que, contrairement aux débats relatifs à la santé où les lobbies du tabac sont interdits, on voit régulièrement les lobbyistes des énergies fossiles dans les allées des négociations internationales officielles sur le climat.

Ainsi trouvait-on à l’occasion d’un “side-event” (3) du Global CCS Institute (Global Carbone Capture and Sequestration Institute, organisme connu pour sa proximité avec les industries fossiles), aux côtés de l’économiste britannique Nicholas Stern, des intervenants de Shell et de l’Association mondiale du charbon. Initialement intitulée “pourquoi se passer d’énergie fossile alors que l’utilisation à faibles émissions d’énergie fossile est déjà une réalité ?” la conférence en question, portant sur les technologies de captage et de stockage du CO2, avait même dû changer de nom pour finalement s’appeler: “Comment réconcilier les objectifs climatiques avec la croissance de la demande énergétique”?

(1) Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

(2) 350 comme 350 ppm, la concentration de CO2 qu’il faudrait pour que l’on maintienne le réchauffement à +1,5°C. Nous dépasserons en 2015 les 400 ppm à l’Observatoire de Mauna Loa à Hawai.

(3) Evénement parallèle à la conférence proprement dite.

5 réflexions au sujet de « Conférences internationales sur le climat (COP): les énergies fossiles toujours partenaires »

  1. Et quel est de votre coté à titre personnel votre engagement pour réellement sortir de la consommation de ces énergie fossile ? Car tant que les acheteurs seront là, si ces sociétés sortent du marché elles seront immédiatement remplacées par un concurrent. Au contraire s’il n’y avait pas d’acheteur, l’arrêt de la production serait immédiat.
    Le vrai problème ne se trouve pas du coté de l’offre, mais de la demande.
    Et donc finalement de comment mettre en place une société qui n’a pas besoin d’énergie fossile pour créer de la richesse, ou du bien être pour ses membres.
    Or c’est bien plus facile à dire qu’à faire.

    Cela étant je vous accorde tout à fait qu’un conf contre les énergies fossiles financée par un producteur d’énergie fossile, cela illustre parfaitement que cette conf par construction ne pourra jamais avoir le moindre résultat réel.

    • Bonjour d’abord,
      Pour les « solutions », je vous guide vers le site http://www.sortirdupetrole.com/ Concernant mon engagement « personnel » comme vous dites, je suis en « transition » selon le terme défini par Rob Hopkins : pour l’instant, je me suis par exemple défait de la possession de voiture, je favorise localement les circuits court de distribution, et c’est à peu près toute ma façon de voir la vie que j’ai réorientée, y compris dans ma profession de journaliste avec ce blog et le site http://www.sortirdupetrole.com/ . Et je ne peux que vous conseiller de vous engager dans un chemin similaire de désintoxication: c’est un parcours difficile mais particulièrement vivifiant !
      Bonne journée.
      Vincent

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