Climat: François Hollande veut un accord mondial “qui puisse être fixé pays par pays“

Fin des aides aux sociétés françaises qui développent des projets “charbon” à l’étranger, suppression à terme des subventions aux énergies fossiles en Europe, multiplication des rendez-vous “climat” jusqu’à la conférence de Paris… Le président François Hollande veut mettre la “pression” pour parvenir fin 2015 à un accord international global et contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais si cet accord existe, “sera-t-il assez ambitieux pour que nous restions à long terme sur une trajectoire de +2°C, c’est toute la question”, résume Jean Jouzel, vice-président du GIEC.

François Hollande fait de la problématique climatique une question d'unité nationale. Doc. PDLR

François Hollande fait de la problématique climatique une question d’unité nationale. Doc. PDLR

“L’année prochaine, à Paris, la France va accueillir tous les pays du monde pour une nouvelle étape des droits humains. Après les droits de la personne, nous allons poser les droits de l’humanité, le droit pour tous les habitants de la Terre à vivre dans un monde dont le futur n’est pas compromis par l’irresponsabilité du présent”. A l’occasion de sa 3ème conférence environnementale, le président français François Hollande a placé le rendez-vous de la conférence sur le climat de Paris, fin 2015, sur le même niveau que l’adoption par les Nations-Unies, en 1948, de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Le président a raison. Ce qui est en jeu, c’est moins l’avenir de la planète que l’avenir de l’Humanité sur cette planète. Du reste, en introduction de cette conférence gouvernemental, Hubert Reeves l’a exprimé de manière très simple: “J’ai des enfants et des petits enfants. Je suis inquiet de savoir dans quel environnement ils vont vivre”, a-t-il avoué. Ironie du sort: en même temps que se déroulait cette conférence environnemental disparaissaient, dans le Sud-Est de la France, plusieurs personnes dans des inondations consécutives à des pluies intenses.

Certains peuvent toujours ergoter pour savoir si oui ou non c’est vraiment la faute des changements climatiques. Ce qui est certain en tout cas, c’est qu’avec le réchauffement global vont s’intensifier, par exemple en France, les sécheresses en saisons traditionnellement plus sèches et les pluies en saisons humides, et donc ce genre de drames. Ce sera d’autant plus vrai que, et c’est le Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui le dit (2ème volume du 5ème rapport), nous ne sommes pas à ce jour de manière générale suffisamment préparés face aux conséquences des changements climatiques. “Le jour où les gens vont comprendre comment on va vivre sur la planète, ils vont être beaucoup plus engagés”, a averti Maria Neira, directrice Santé publique et environnement à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pour notre avenir climatique, “l’important, ce n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être déterminé”

Désormais tous convertis à la cause climatique, les ministres ont multiplié les citations chargées de sens et illustrant leur “prise de conscience”, celle qui susurre à l’oreille que si on dépasse un réchauffement de +2°C depuis l’époque préindustrielle, alors on passera des dérèglements climatiques au chaos climatique, perspective d’”un monde vers lequel il ne faut pas aller” selon Jean Jouzel, vice président du GIEC. La ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a repris Rajendra Pachauri, le président du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, soulignant que nous sommes la dernière génération à pouvoir faire quelque chose, qu’après « il sera trop tard ». Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a lui cité le Secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon avertissant qu’ »il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B ». Quant au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Fool, s’il n’a pas cité l’adepte britannique de permaculture Rob Hopkins, il a quand même rendu un hommage appuyé aux vers de terre pour indiquer que l’on doit retrouver ces « mécanismes de la nature » qui sont « très utiles pour la production agricole ».

Bien sûr, la situation actuelle d’urgence soulignée par tous, signe également l’échec jusqu’alors criant de tous les gouvernants et négociateurs “climat” qui, pour beaucoup, sont toujours là. Evoquant l’éventualité d’un “scénario noir” et rappelant pour sa part la mémoire de l’écologiste René Dumont, le Premier ministre Manuel Valls, faisant du dérèglement climatique la grande cause nationale de 2015, a lui-même reconnu que, malgré la présence de “consciences éclairées”, nous avons perdu du temps, que ce temps joue contre nous, “mais que nous devons le rattraper” et que “demeurer inactif serait une folie”.

Doit-on donc à présent se demander s’il faut être optimiste ou pessimiste pour notre avenir climatique en général, et pour la conférence de Paris en particulier ? Là encore, c’est Hubert Reeves qui a montré le chemin, citant Jean Monet à propos de la construction européenne: “L’important, ce n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être déterminé”. François Hollande a fait sienne cette maxime, estimant qu’il faut maintenant faire en sorte « que la jeunesse puisse retrouver espoir, vivre mieux et ne pas avoir à traiter à notre place la dette environnementale que nous aurions pu lui transmettre”.

“Montée en puissance” de la contribution climat-énergie, renforcement du système des quotas européen…

Donc (et même si en fait il est certain maintenant qu’on léguera une dette environnementale aux générations futures) place à l’action (au moins pour limiter l’importance de cette dette). Pour François Hollande, l’échec de la conférence de Copenhague en 2009 est celle de la “prétention”, prétention des participants à croire qu’ils pourraient parvenir à une “improbable synthèse” en quelques jours et quelques nuits. Ainsi, pour ne pas subir le même sort, la conférence 2015 de Paris « se prépare dès aujourd’hui », le président voulant “aller vers un accord qui puisse être historique, qui puisse être à la fois, contraignant, global, et qui puisse être fixé pays par pays”.

Pour arriver à ses fins, et alors que d’entrée le résultat n’est “pas acquis” comme l’a rappelé Laurent Fabius, “la France veut être exemplaire”, “porter un modèle”, selon François Hollande. Outre l’actuel projet de loi de transition énergétique, le président cite ainsi la “montée en puissance” de la contribution climat-énergie, le renforcement du système des quotas européen, la volonté française de faire en sorte qu’une large part des 315 milliards du plan européen Junker aille vers les investissements liés à la transition énergétique, l’accélération de l’élaboration du Grand Paris, la présentation en mai 2015 de la loi sur la biodiversité, la création d’une base de données publique et gratuite en matière d’environnement et de biodiversité, le renforcement de la démocratie participative…

Le Premier ministre lui fait écho avec le développement de l’agroécologie, la mobilisation du Fonds chaleur de l’ADEME (*) pour le bois, la fin des avantages du diesel “avec intelligence et pragmatisme”, un système d’identification des véhicules en fonction de leurs émissions dès l’année prochaine à Paris, l’expérimentation de l’éco-taxe en Alsace-Lorraine, l’élargissement de la prime à la conversion automobile aux véhicules d’occasion “propres”, le lancement d’un plan d’action “Administration exemplaire”, le développement massif des énergies renouvelables, ou encore 7 milliards d’euros pour les contrats de plan Etat-Région dont les 2/3 pour le ferroviaire et le fluvial. Et Manuel Valls de souligner, également, un “atout” qui ne fera pas consensus: “avoir un parc électronucléaire performant pour rendre la transition énergétique soutenable. Cette vérité, il faut la dire au Français. Il ne s’agit pas d’opposer les énergies renouvelables et le nucléaire, mais de les concilier, avec les réseaux intelligents”, a ajouté Le Premier ministre.

« Faire en sorte que nous puissions supprimer à terme les subventions aux énergies fossiles ». Oui mais quand ?

Se félicitant que les pays qui étaient dans le passé “les plus récalcitrants” à un pacte mondial sur les émissions de gaz à effet de serre, aient pu se mettre d’accord pour dire que ça suffisait -à savoir les Etats-Unis et la Chine, également les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre- François Hollande a également souligné que le G20 réuni à Brisbane, en Australie, s’est montré unanime pour dire qu’il fallait qu’un accord soit trouvé à Paris. Mais, outre ses signaux positifs, il a également souligné l’obligation de “créer la tension, la pression nécessaire” au succès, et d’en faire une “question d’unité nationale ».

Cette stratégie de pression de la France doit se faire sentir à l’occasion des prochains grands événements relatifs à la cause climatique, quasiment mensuels en 2015, ainsi que dans l’application de nouvelles promesses de François Hollande: supprimer “tous les crédits exports dans le soutien que nous accordons au pays en développement dès lors qu’il y aura utilisation du charbon”, et veiller “au niveau européen à faire en sorte que nous puissions supprimer à terme les subventions aux énergies fossiles”. La question est maintenant de savoir quand. Précisons également que la première promesse concerne en fait les subventions de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface) qui aide des sociétés françaises à développer des projets “charbon” à l’étranger…

Reste enfin, si l’on veut vraiment mettre la “pression”, à intégrer dans tous les objectifs l’intensité chiffrée de l’effort à faire pour rester dans la limite d’un réchauffement de +2°C. Cet effort est donné par le GIEC: l’Humanité si elle veut rester dans les clous, ne peut pas émettre plus de 1000 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2100 (entre 2012 et 2100 pour être tout à fait exact). Or nous en émettons actuellement plus de 35 milliards de tonnes par an. Autrement dit, l’ambition commune de tous les pays de la Terre doit par exemple être de “n’utiliser au maximum que 80 % des combustibles fossiles qui sont facilement accessibles sous nos pieds”, prévient Jean Jouzel.

Ainsi, qu’il y ait accord est une chose, mais si cet accord existe “sera-t-il assez ambitieux pour que nous restions à long terme sur une trajectoire de 2°C, c’est toute la question”, résume le scientifique. Reste donc “juste” à se partager le CO2 pouvant encore être émis, pays par pays, et à laisser volontairement du charbon ou bien du pétrole ou bien encore du gaz dans le sous-sol… C’est vrai que ce n’est pas gagné !

Rendez-vous maintenant à la Conférence climat 2014, début décembre à Lima, au Pérou, pour y voir des signaux de cette stratégie de « pression ».

La métamorphose chère à Edgar Morin aura-t-elle lieu ?

(*) ADEME: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

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