France : pluies d’hiver et chaleurs d’été iront crescendo

Hausse des précipitations en hiver et du nombre de jours des vagues de chaleur en été: telles sont deux grandes tendances qui doivent prendre de l’ampleur en France avec la montée du réchauffement global, en particulier après 2050 si au plan mondial on persiste encore dans l’absence de mesures efficaces pour atténuer les changements climatiques.

Scénarios d'évolution de la température moyenne en France. La tendance actuelle est en rouge. Doc. MEDDE

Scénarios d’évolution de la température moyenne en France. La tendance actuelle est en rouge. Doc. MEDDE

Températures moyennes, précipitations moyennes, vagues de chaleur, précipitations extrêmes, périodes de sécheresse estivale, vents violents… Tels sont les axes de travail du 4e volume – “Scénarios régionalisées –édition 2014- pour la métropole et les régions d’outre-mer “– de l’expertise Climat de la France au 21e siècle, commandé en 2010 par le Ministère du Développement durable aux scientifiques français experts du climat, dirigé par Jean Jouzel, vice-président du GIEC (Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), et publié début septembre.

S’il reste bon nombre de points à préciser, par exemple concernant les vents violents ou encore les répartitions des précipitations, et s’il existe bien une “importante variabilité inter-annuelle, d’origine naturelle, aléatoire et imprévisible”, ce rapport permet néanmoins de faire ressortir les tendances suivantes:

METROPOLE

– Horizon 2021-2050: jusqu’à + 2°C dans le Sud-Est par rapport à la fin du 20e siècle

1 – Hausse des températures moyennes, comprise entre 0,6 °C et 1,3 °C en moyenne, toutes saisons confondues, par rapport à la moyenne de référence calculée sur la période 1976-2005. “Cette hausse devrait être plus importante dans le Sud-Est de la France en été, avec des écarts à la référence pouvant atteindre 1,5 °C à 2 °C”, estime le rapport.

2 – Augmentation du nombre de jours de vagues de chaleur en été, comprise entre 0 et 5 jours sur l’ensemble du territoire, voire de 5 à 10 jours dans des régions du quart Sud-Est. “Une vague de chaleur est définie comme une période anormalement chaude durant plus de cinq jours consécutifs. On détermine les jours pour lesquels la température maximale quotidienne dépasse de plus de 5 °C une valeur climatologique de référence, mais en ne comptant que les jours appartenant à une série de plus de cinq jours chauds consécutifs”, précise le rapport.

3 – Diminution des jours anormalement froids en hiver sur l’ensemble de la France métropolitaine, entre 1 et 4 jours en moyenne, et jusqu’à 6 jours au Nord-Est du pays. On compte ici “le nombre de jours pour lesquels la température minimale quotidienne est inférieure de plus de 5 °C à une valeur de référence”, de la même manière que pour les vagues de chaleur.

4 – Hausse des précipitations moyennes, en été comme en hiver, comprise entre 0 et 0,42 mm/jour en moyenne sur la France, avec une “forte incertitude sur la distribution géographique de ce changement”. Pour comparaison, un litre d’eau représente une hauteur d’eau de 1 mm répartie sur une surface de 1 m².

– Horizon 2071-2100: jusqu’à + 8°C l’été selon l’extrémité haute de la fourchette

1- Forte hausse des températures moyennes. Pour le scénario sur lequel l’Humanité se trouve actuellement avec son absence de réels efforts, la hausse se situerait en moyenne entre 3,4 °C et 3,6 °C en hiver, et entre 2,6 °C et 5,3 °C en été. “Cette hausse devrait être particulièrement marquée en allant vers le Sud-Est du pays, et pourrait largement dépasser les 5 °C en été par rapport à la moyenne de référence”, précise le rapport, jusqu’à 8°C même selon l’extrémité haute de la fourchette. Pas la peine de s’étonner d’un tel chiffre: l’un des principes du réchauffement global est en effet qu’il sera plus important sur les terres qu’à la surface des océans.

2 – Forte augmentation du nombre de jours de vagues de chaleur en été, qui pourrait dépasser les 20 jours.

3- Diminution des extrêmes froids comprise entre 6 et 10 jours de moins que la référence dans le Nord-Est de la France. “Cette diminution devrait être plus limitée sur l’ extrême Sud du pays”, estiment les scientifiques.

4 – Hausse des précipitations hivernales allant jusqu’à 0,86 mm/jour.

5 – Renforcement du taux de précipitations extrêmes sur une large part du territoire, dépassant 5 % dans certaines régions avec le scénario sur lequel on se trouve actuellement, mais avec une forte variabilité des zones concernées selon le modèle.

6 – Augmentation des épisodes de sécheresse dans une large partie Sud du pays, mais pouvant s’étendre à l’ensemble du pays.

OUTRE-MER

1 – Augmentation de la température à l’horizon 2100 de 3 à 3,5 °C pour le scénario sur lequel on se trouve actuellement.

2 – Diminution des précipitations moyennes, en particulier pour la saison sèche.

3 – “En début de siècle, quelques études seulement montrent une augmentation de l’intensité des cyclones dans le bassin Nord-Atlantique et une augmentation de la fréquence des cyclones de catégories 4 et 5 dans les bassins Nord-Atlantique et Pacifique Sud-Ouest”, note le rapport. “En fin de siècle, il est probable que la fréquence globale des cyclones tropicaux diminuera ou restera la même. Les précipitations moyennes et la vitesse moyenne du vent maximal associées aux cyclones tropicaux augmenteront probablement”, ajoute-t-il cependant.

Il convient par ailleurs de noter que les augmentations de température sont données en fonction de la période de référence 1976-2005 et non pas par rapport à l’époque pré-industrielle. Entre cette époque et la période de référence choisie, la hausse de la température a déjà été de l’ordre de 0,6°C à l’échelle du globe, terres et océans compris.

Les précédents volumes de cette expertise scientifique concernaient également les scénarios régionalisés pour les deux premiers (2011, 2012) ainsi que le niveau de la mer (2012) pour le troisième.

2 réflexions au sujet de « France : pluies d’hiver et chaleurs d’été iront crescendo »

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  2. Entendu à propos de ces résultats qu’il y aurait des conséquences pour l’agriculture. Il est curieux de voir que les journalistes qui font ce commentaire, n’ont pas l’air de comprendre que les conséquences pour l’agriculture ne concerneraient pas seulement les agriculteurs, mais aussi les consommateurs qui pourraient alors ne pas avoir assez à manger. Une telle hausse de température, pour moi agronome et agriculteur, cela signifie la famine, et une famine avec des milliards de victimes en quelques décennies. On nous parle parfois d’adpatation au changement climatique. Quand on sait la fragilité de la production agricole, on est obligé de dire qu’il n’y aura pas d’adaptation possible pour tout le monde. La hausse des températures dont on nous parle pourrait signifier la disparition d’une proportion non négligeable de l’humanité pour cause de famine. Il serait temps de s’inquiéter un peu plus qu’aujourd’hui, et de sérieusement diminuer l’utilisation des énergies fossiles immédiatement : interdiction de la clim, fin du transport aérien, limitation du chauffage à 15° l’hiver, rationnement des carburants, arrêt des high tech, arrêt de la production d’électricité à base de charbon… Je préfèrerais me tromper.

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