Charbon, pétrole, gaz… Des émissions de CO2 toujours plus importantes

Les émissions de CO2 dues aux énergies fossiles, au ciment et aux changements d’utilisation des sols, ont atteint en 2013 environ 10,8 milliards de tonnes de carbone. Une moitié a été “absorbée” par les océans et les écosystèmes terrestres tandis que l’autre moitié va rester dans l’atmosphère… qui a accumulé à partir de nos émissions de gaz carbonique, 225 milliards de tonnes de carbone supplémentaires depuis l’ère préindustrielle, selon le Global Carbon Project (GCP).

    Une nouvelle hausse de 2,5% des émissions anthropiques de CO2 est prévu pour 2014. Doc. GCP

Une nouvelle hausse de 2,5% des émissions anthropiques de CO2 est prévue pour 2014. Doc. GCP

Les émissions de CO2 dues à l’utilisation d’énergie fossile et à la fabrication de ciment ont augmenté de 2,3 % en 2013, avec un nouveau total record d’environ 9,9 milliards de tonnes de carbone (ou gigatonnes de carbones, GTC), soit plus de 36 milliards de tonnes de CO2 (1) selon le Global Carbon Project (GCP), regroupant les données de différents organismes internationaux.

Ces émissions sont supérieures de 61% à celles de 1990, l’année de référence du protocole de Kyoto, note le GCP, c’est-à-dire l’année de référence après laquelle l’Humanité était censée faire des efforts et sur laquelle s’appuient encore La France et l’Union européenne pour établir leurs propositions de réduction des émissions de gaz à effet de serre en vue de la négociation mondiale de Paris, fin 2015.

1,4 tonne de carbone émis par habitant alors qu’on vise moins de 500 g par tête à l’horizon 2050

Les émissions effectuées en Chine atteignent 28% des émissions mondiales (+ 4,4 % entre 2012 et 2013). Aux Etats-Unis, dans l’Union européenne et en Inde, elles sont respectivement de 14 % du total (+2,9%), 10% (-1,8%) et 7% (+5,1%). Au niveau mondial, les émissions  représentent 1,4 tonne de carbone par habitant alors qu’on vise moins de 500 kg par tête à l’horizon 2050. Elles se chiffrent à 4,5 tonnes pour un Américain, 2 tonnes pour un Chinois, 1,9 tonne pour un Européen et 0,5 tonne pour un Indien.

Hausse des émissions de CO2 selon les sources d'énergie. Doc. GCP

Hausse des émissions de CO2 selon les sources d’énergie fossile. Doc. GCP

Toujours selon le Global Carbon Project, le charbon est responsable de 43 % des émissions humaines de CO2 en 2013, devant le pétrole 33%, le gaz 18 %, le ciment 5,5 % et les vapeurs de gaz 0,6%. Les chiffres confirment une nette inflexion de la progression des émissions dues au charbon depuis le début du 21e siècle, ce dernier ayant émis plus que le pétrole à partir de 2005. La situation devrait encore s’aggraver en 2014 avec une augmentation prévue des émissions de 2,5 %. La barre des 10 milliards de tonnes de carbone émis rien qu’avec le CO2 issu des énergies fossiles et de l’industrie du ciment, sera alors dépassée.

Les puits à carbone ont pu absorber plus de CO2 depuis une cinquantaine d’années en parallèle de la hausse des émissions humaines

En ce qui concerne les puits à carbone, les océans et les écosystèmes terrestres ont capté en 2013 respectivement 27% (2,9 GTC) et 23% (2,5 GTC) des émissions humaines de CO2, soit à peu près la moitié du total dû à la combustion des énergies fossiles et aux changements d’usage des sols (0,9 GTC), l’autre moitié s’ajoutant au stock déjà présent dans l’atmosphère.

L’évolution des données montrent que les puits à carbone ont pu absorber plus de CO2 depuis une cinquantaine d’années en parallèle de la hausse des émissions humaines. D’environ 3 milliards de tonnes de carbone dans les années 1960, leur capacité est actuellement « forcée » à 5-6 milliards de tonnes de carbone.

En dessous d’1 GTC annuel au début des années 60, le stockage de CO2 par l’océan (entraînant une acidification des mers) a régulièrement dépassé 2 GTC après 1990. En 2013, ce stockage atteint la valeur record de 2,88 GTC.

Du côté des écosystèmes terrestres, l’accroissement du puits de carbone (prenant la forme d’un renforcement de la photosynthèse, donc de l’accroissement des végétaux), semble plus aléatoire. Oscillant selon les années entre 1 et 3 GTC entre 1960 et 1980, ce « piège » à CO2 évolue ensuite entre 0 et 4 GTC. Les séries de chiffres montrent des faiblesses lors de certaines années ayant connu un été plutôt chaud (-0,07 GT en 1998, 0,66 GT en 2002, 1,11 GT e n 2003, 1,61 GT en 2005…). En 2013, les écosystèmes terrestres ont capté 2,51 GTC de CO2 atmosphérique, soit un peu moins que la moyenne des dix dernières années.

La trajectoire actuelle nous met clairement sur une augmentation de 3,2°C à 5,4°C à l’horizon 2100

En prenant en compte le CO2 “absorbé” par ces puits à carbone, la croissance de la concentration du CO2 atmosphérique a été l’an passé de 5,4 GTC (contre 4,3 GTC de moyenne annuelle pour la période 2004-2013), soit 2,53 ppm de plus qu’en 2012, avec 400 ppm de moyenne annuelle en vue pour 2015, juste pour le CO2 (2).

Au final, le Global Carbon Project estime les émissions cumulées de CO2 entre 1870 et 2013 à 390 GTC (émissions dues aux énergies fossiles et au ciment), ce à quoi il convient d’ajouter 145 GTC d’émissions dues à la déforestation et au changement d’usage des terres. Dans ce total d’émissions de plus de 500 GTC, 225 GTC sont restées dans l’atmosphère, 150 GTC ont été stockées dans les océans et 155 GTC ont été captées par les écosystèmes terrestres. Dans le même ordre d’idées, à l’occasion de la publication du premier volet de son dernier rapport, le Groupement d’experts international sur l’évolution du climat (GIEC) a déjà précisé qu’il nous restait à émettre environ 270 GTC jusqu’à 2100 si l’on voulait conserver une chance de rester sous une limite de réchauffement de l’ordre de +2°C depuis l’ère préindustrielle. Cela équivaut donc à 27 années d’émissions comme celle de 2013…

Selon les scénarios du GIEC, nous sommes sur les pires perspectives. Doc. GCP

Selon les scénarios du GIEC, nous sommes sur les pires perspectives. Doc. GCP

Pour le Global Carbon Project, la trajectoire actuelle nous met clairement sur un réchauffement global de 3,2°C à 5,4°C à l’horizon 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle, c’est-à-dire avec des températures à la surface des terres pouvant par exemple atteindre 8° C de plus en France l’été, et surtout avec de grandes inconnues. En effet, avec 5 degrés de moins, la Terre vivait il y a 10 000 ans dans une ère glaciaire, avec un niveau des océans 120 mètres plus bas et des centaines de mètres de glace sur l’Europe du Nord…

(1) 1 tonne de carbone = 3,67 tonnes de CO2

(2) Et même 500 ppm équivalent CO2 pour 2020 si l’on prend en compte les autres gaz à effet de serre: méthane, protoxyde d’azote, halocarbures…

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