2015: après l’hiver le plus chaud, le printemps le plus chaud… Et El Nino !

Alors que des jours de canicule sont en vue sur l’Hexagone, la fièvre de la Terre n’arrête pas de battre des records en cette année 2015: mars le plus chaud, hiver le plus chaud, mai le plus chaud, printemps le plus chaud, les cinq premiers mois de l’année les plus chauds jamais enregistrés, cela sur terre comme en mer… Et ce n’est a priori pas fini: le phénomène El Nino monte actuellement en puissance et devrait se faire ressentir toute l’année.

Anomalies de température pour la période janvier - mai 2015 par rapport à la moyenne du siècle dernier. Doc. NOAA

Anomalies de température pour la période janvier – mai 2015 par rapport à la moyenne du siècle dernier. Doc. NOAA

Selon l’agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), la période mars – mai 2015 -à savoir le printemps boréal au nord et l’automne austral au sud- a enregistré sa moyenne mondiale la plus chaude depuis que l’on effectue ce genre de relevés, il y a plus d’un siècle. Elle dépasse de 0,04°C le précédent record qui datait de 2010, avec 0,85°C de plus que la moyenne des printemps du XXème siècle, 13,7°C. Par rapport à l’époque préindustrielle, on est donc au dessus d’un degré de réchauffement. La différence avec la période mars-mai 1911, qui a été enregistrée comme le plus froide depuis 136 ans, est de +1,38°C.

Janvier-mai 1893 – janvier-mai 2015: + 2,81°C sur les terres de l’hémisphère nord

Les records sont à la fois battus sur les océans avec 0,66°C de plus que la moyenne du XXème siècle (16,1°C) et à la surface des terres avec +1,33°C (pour une moyenne de 8,1°C). Ils explosent dans l’hémishère nord où sont concentrés les continents. La fièvre atteint à la surface de ces continents +1,50°C par rapport à la moyenne du XXème siècle. La différence avec la période mars-mai la plus froide depuis la fin du XIXème siècle (1898) est de +2,43°C.

En ce qui concerne les cinq premiers mois de l’année, 2015 multiplie ce genre de records:

– Période janvier-mai la plus chaude enregistrée en moyenne autour du globe, battant le précédent record (2010) de 0,09°C, avec 0,85°C de plus que la moyenne du XXème siècle.

– Période janvier-mai la plus chaude à la surface des terres avec +1,42°C.

– Période janvier-mai la plus chaude à la surface des océans avec + 0,63°C.

– Période janvier-mai la plus chaude à la surface de l’hémisphère nord avec +1,05°C. Sur les terres de notre hémisphère, l’anomalie de chaleur pour ces cinq premiers mois atteint même +1,63°C par rapport à la moyenne du XXème siècle. La différence avec la période janvier-mai la plus froide depuis 136 ans (1893) est de 2,81°C !

Selon différents modèles, El Nino peut être “fort” pendant l’année (comme en 1998) ou au moins rester au stade “modéré” (comme en 2010)

Dans le détail, les mois de janvier et février ont été classés par NOAA 2èmes mois les plus chauds de leurs catégories tandis que mars a établi un nouveau record et qu’avril a été noté 4ème mois d’avril le plus chaud. Quant au mois de mai, il a été enregistré par l’agence américaine comme le plus chaud jamais enregistré avec 0,87°C de plus que la moyenne du siècle dernier (14,8°C). Il bat son précédent record -qui ne datait que de l’année dernière- de 0,08°C. C’est le mois de mai le plus chaud à la fois à la surface des océans (+0,72°C) et à la surface des terres (+1,28°C).

Simulation de l'évolution du phénomène El Nino en 2015: différents modèles lui promettent une puissance "forte" (dépassant sur ce graphique une anomalie de +1,5°C par rapport à la  température normale du Pacifique au niveau de l'équateur ), sinon "modérée" (anomalie de +1 à +1,5°C). Doc. NOAA.

Simulation de l’évolution du phénomène El Nino en 2015: différents modèles lui promettent une puissance « forte » d’ici la fin de l’année (ils sont représentés sur ce graphique par les courbes qui dépassent une anomalie de +1,5°C par rapport à la température de surface normale de l’Océan Pacifique au niveau de l’équateur, zone Nino 3-4 )… sinon « modérée » (anomalie de +1 à +1,5°C). Doc. NOAA/IRI.

Plus généralement, l’année 2015 est très bien partie pour devenir de loin l’année la plus chaude jamais enregistrée, et ainsi battre 2014 qui avait pourtant déjà établi un record… En effet, resté longtemps en embuscade l’an passé, le phénomène El NIno est finalement arrivé en mars et gagne actuellement en puissance.

Selon NOAA, l’actuelle phase El Nino a ainsi 9 chances sur 10 de durer pendant toute l’année 2015 et même plus de 80% de chances d’être toujours là au printemps 2016. Ayant atteint des conditions « faibles » à « modérées » au printemps, ce phénomène peut selon plusieurs modèles parvenir au stade “fort” dans les prochains mois (comme en 1998), ou au moins rester au stade “modéré” (comme en 2010).

Les risques El Nino

Concrètement, le phénomène El Nino survient quand un réservoir d’eau de surface suffisamment chaude dans le Pacifique Ouest se conjugue à un simple affaiblissement des alizés (vents d’est) dans le Pacifique Est et à un vent d’ouest dans le Pacifique Ouest. Ces mouvements génèrent alors un déplacement des eaux de surface chaudes vers l’est.

Alors qu’il pourrait sembler assez banal à la lecture, ce type de phénomène possède des effets météorologiques régionales et planétaires lourds de conséquences selon sa force:

– Arrivée d’une eau plus chaude sur la côte pacifique de l’Amérique latine stoppant la remontée (upwelling) des courants profonds riches en nutriments, d’où arrêt de la formation de plancton, d’où chute des quantités de poissons pêchés et donc de l’activité des pêcheries (Equateur, Pérou, Chili…). C’est du reste ce qui a donné au phénomène le nom d’El Nino (traduction: l’Enfant Jésus), les pêcheurs péruviens ne prenant plus de poissons à cause de lui au moment de Noël.

– Convection atmosphérique accumulant l’énergie et renforçant les vents d’ouest d’un côté (Pacifique Est, de la Californie à l’Amérique du Sud), avec fortes pluies, inondations, glissements de terrain, et de l’autre (Pacifique Ouest, de l’Australie à l’Asie du Sud en passant par l’Indonésie et même éventuellement l’Inde) sécheresses propices aux incendies, pertes de récoltes, affaiblissements de mousson, etc.

– Croissance du risque de fragilité des prix de certaines denrées agricoles (cacao, café, canne à sucre, huile de palme…), c’est-à-dire la production de base de la zone tropicale.

– Mouvement ascendant de chaleur dans l’atmosphère, celle-ci s’exportant aux hautes latitudes des deux hémisphères, renforçant le phénomène de réchauffement global. C’est ainsi largement à cause d’un El Nino puissant que l’année 1998 s’est retrouvée nettement au dessus des années qui la précédaient en termes de fièvre du thermomètre planétaire, modérant ainsi la hausse moyenne généralisée de la température qui a suivi depuis le début du 21e siècle.

4 réflexions au sujet de « 2015: après l’hiver le plus chaud, le printemps le plus chaud… Et El Nino ! »

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  2. Je pense qu’il y a une coquille dans « – Arrivée d’une eau plus chaude sur les côtes de l’Est de l’Amérique latine stoppant la remontée (upwelling)(…)  »
    La côte est de l’Amérique latine est dans l’Atlantique or El Nino est dans le pacifique, ne faudrait-il pas parler de la côte ouest ?? Ou j’ai loupé quelque chose ^_^’

    • Bonjour,
      Merci pour votre message. Bien sûr que cela se passe dans le Pacifique. Il manquait en fait juste une virgule entre « les côtes de l’Est » (sous entendu du Pacifique) et « de l’Amérique latine ». On parle en effet juste avant du Pacifique Est. La phrase est clarifiée.
      Bonne journée.

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