Prise de conscience: le jour d’après…

Quand passerons nous d’un monde où l’on ne regarde pas en face le dérèglement climatique à un monde où l’on se met réellement à le combattre ? Un moment probable ? Improbable ? 

Quelles que soient les apparences, l’avenir n’est jamais écrit à l’avance. C’est ce qu’a rappelé à sa manière l’un des débats récemment organisés à La Sorbonne à Paris à l’occasion de la Cité de la réussite, série biennale de rencontres et d’échanges citoyens mettant en scène des personnalités reconnues dans leur spécialité, des étudiants, des chefs d’entreprise, des enseignants, etc.

Autour de gens aussi divers qu’Etienne Klein -physicien ayant participé à la conception du « collisionneur de particules » et directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)- René Abate -conseiller en stratégie d’entreprise, Senior advisor au Boston Consulting Group (BCG)- Amaury de Hauteclocque -patron du Raid- et Edgard Morin, sociologue, ledit débat se posait la question : « Comment se préparer à l’improbable ? » Chacun peut en effet à tout moment faire face à l’improbabilité dans son domaine: le physicien et ses recherches, le stratège d’entreprise face aux aléas économiques, le flic pendant ses interventions à haut risque, le penseur et son attrait pour la complexité…

Climat: « un probable qui nous dérange »

Alors, comment donc se préparer à cet « improbable » ? Avec une question posée de cette façon, on interprète facilement « improbable » par « catastrophe » (et non par « miracle ») ou tout du moins par un « imprévu » qui vient perturber la mécanique qu’habituellement on s’efforce de mettre en place, de faire vivre… C’est vrai pour la vie de l’entreprise, pour l’action policière, pour l’expérience scientifique, etc. Et quand l’imprévu arrive, « la différence se fait entre ceux qui se sont préparé et ceux qui ne se sont pas préparé », tel que le dit René Abate.

Cependant -et c’est là où le propos montre tout son intérêt- en ce qui concerne la question climatique, la « catastrophe » est-elle l’ « improbable » ? Si l’on écoute vraiment les scientifiques qui travaillent sur le sujet, la réponse est assurément non. Etienne Klein rappelle cependant qu’au sujet du climat, nous montrons notre capacité à « transformer un probable qui nous dérange en improbable ».  Ce qui au passage nous empêche de traiter le problème à la racine.

Espérer « l’improbable » : l’exemple de la 2ème guerre mondiale

Une meilleure approche ne serait-elle donc pas de prendre le « dérèglement climatique » pour ce qu’il est (probable, même très très probable) plutôt que pour ce que nous voudrions en fait qu’il soit (improbable) ? Si l’on suit la réflexion d’Edgard Morin, assurément oui…  Certes, il faudrait alors avant tout se préparer au probable et à ses risques, mais aussi toujours penser à l’improbable, et même le stimuler, le provoquer. Un « improbable » qui cette fois-ci serait désirable, et même cultiverait un grand espoir.

Illustrant l’intérêt qu’il éprouve pour « l’improbable », Morin le résistant (Morin est le nom de résistant d’Edgar Nahoum, qui est resté Edgar Morin après 1945) a raconté une histoire, celle de la 2ème guerre mondiale, quand en 1941 le destin du monde a basculé. En juin, une offensive allemande en Russie a amené l’armée du Reich aux portes de Moscou. Dans l’esprit de chacun, « au début de l’automne 1941, la domination allemande sur l’URSS apparaissait très probable », se souvient Edgard Morin. Et le sociologue d’indiquer que deux faits bien « improbables » allaient se produire : « une série de pluies diluviennes », puis « un gel extrêmement précoce ». Ajouté au lancement tardif de l’offensive (juin à la place de mai, comme il était initialement prévu), ces deux événements ont stoppé l’avancée de la Wehrmacht. « Le 4-5 décembre 1941, c’est la 1ère victoire contre l’Allemagne, le 7 décembre c’est Pearl Harbor et les Etats-Unis entrent en guerre », poursuit Edgar Morin. Une bascule historique s’est en effet produite à ce moment là. Ensuite, la victoire de l’Allemagne ne fera qu’être de moins en moins probable. Et voilà donc pourquoi le sociologue, lui, « continue à parier sur l’improbable »… Une histoire à méditer pour notre basculement d’un monde où l’on ne regarde pas en face le dérèglement climatique à un monde où l’on se met réellement à le combattre.

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