L’humanité en marche vers l’emballement climatique: 2- Les coups de chaud

Des records de chaleur mensuelle qui s’étendent sur le globe. Des stresses thermiques chauds qui s’aggravent. Des nuits tropicales plus nombreuses. Des jours de gel plus rares… De nombreux points de la planète illustrent l’accélération du réchauffement depuis une dizaine d’années. Notamment en Europe.

Températures ressenties maximales en 2025

Températures ressenties maximales à travers le globe en 2025. Les 40°C sont largement dépassés en de multiples endroits. Crédit: ThermalTrace/C3S/ECMWF

Personne ne ressent quotidiennement le réchauffement global actuel de +1,4°C par rapport au début de l’ère industrielle, et encore moins sa différence avec 2015, où le thermomètre mondial affichait environ +1°C. Ces moyennes, calculées à partir des températures de tous les points de mesure du globe, restent abstraites. Plus concrets sont, en revanche, les effets de ce réchauffement moyen, à l’instar de la fièvre pour un corps humain.

Plus 30°C au-delà du cercle polaire arctique

Les coups de chaud récurrents sont l’exemple le plus évident. En 2025, la température ressentie maximale a pu atteindre ou dépasser 50°C dans différentes régions du monde, selon l’outil Thermal Trace de l’observatoire européen Copernicus: ouest et est de l’Afrique, Moyen-Orient, ouest de l’Inde, Iran, Australie, Californie… De nombreux points du globe ont franchi 40°C, de l’Asie à l’Amérique, en passant par l’Europe: Chine, Inde, États-Unis, Brésil, Espagne, France… Au-delà du cercle polaire arctique, vers le port russe de Mourmansk, les 30°C ont été dépassés, tout comme dans de nombreuses zones du Canada. Et ils ont été approchés dans le sud du Groenland.

2025 Anomalies de jours à 38°C ou plus

Évolution depuis 1940, pour la majeure partie de la France, de l’anomalie annuelle du nombre de jours dont la température a été inférieure ou bien supérieure ou égale à 38°C ressentis, par rapport à la récente moyenne 1991-2020. La tendance à des anomalies plus chaudes est marquée depuis 2015. Crédit: ThermalTrace/C3S/ECMWF

Copernicus estime que la moitié de la surface terrestre a connu l’an passé un nombre de jours de fort stress thermique (au moins 32 °C ressentis) supérieur à la récente moyenne 1991-2020. En France, le nombre de jours de très fort stress (au moins 38°C ressentis) dépasse désormais quasiment chaque année sa moyenne 1991-2020. Constat similaire dans des villes comme Madrid, Rome, ou encore Berlin dans une moindre mesure, l’Europe étant la région où le réchauffement est le plus rapide, derrière l’Arctique.

2025 Evolution anomalies nuits tropicales Dubaï

Évolution de l’anomalie annuelle du nombre de nuits tropicales à Dubaï depuis 1940, par rapport à la moyenne 1991-2020. La hausse est nette depuis le début du siècle. Crédit: ThermalTrace/C3S/ECMWF

Des zones déjà très chaudes deviennent, elles, encore plus chaudes. En Afrique de l’ouest, des secteurs de la Mauritanie et du Tchad ont connu en 2025 un mois supplémentaire de stress thermique extrême (au moins 46°C ressentis), par rapport à la moyenne 1991-2020. Le nombre annuel de nuits tropicales augmente à Dubaï (régulièrement plus de 250 contrairement à la fin du XXème siècle, 273 en 2025), au Caire (entre 130 et plus de 150 ces dernières années, contre 90-120 autour de l’an 2000), à Téhéran (72 en 2025, souvent moins de 40 au XXème siècle), à Alger (plus de 100 nuits ces dernières années, toujours moins avant 2012).

Plus d’un mois supplémentaire de chaleur intense dans des îles tropicales

Une étude scientifique internationale, menée par Climate Central et World Weather Attribution, estime que le réchauffement supplémentaire des 10 dernières années a provoqué en moyenne 11 jours chauds supplémentaires (1) par an dans le monde, avec des variations selon les régions: 6 en France métropolitaine pour un total de 45, mais plus de 30 en Martinique et en Guadeloupe, pour des totaux respectifs de 85 et 103 jours. D’autres îles sont particulièrement touchées: Kiribati, Samoa, Vanuatu, Haïti, Porto-Rico, Cuba, Comores, Seychelles…

Les chercheurs estiment que s’ajouteront encore en moyenne 57 jours supplémentaires de chaleur intense dans un monde à +2,6°C (et 114 à +4°C), toujours inégalement : 17 jours supplémentaires en Islande, 18 au Japon, 19 en Russie, 26 en France métropolitaine comme en Chine, au Royaume-Uni ou encore au Canada, et plus de 100 par exemple en Martinique, Guadeloupe, Indonésie, Malaisie, Colombie, au Pérou, au Gabon, au Congo…

Superficie touchée par un record de température mensuelle

Évolution depuis 1951 de la superficie terrestre touchée, en décembre, par un record de température mensuelle, chaud en rouge,  froid en bleu. Le décrochage actuel entre les records de chaleur et de froid est visible pour tous les mois de l’année, et pour les océans comme pour les continents. Crédit: NOAA

Les données de l’Agence américaine National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) montrent pour leur part que la superficie terrestre battant des records de chaleur mensuelle tend à augmenter, pour chacun des douze mois de l’année. En 2025, des records ont été établis sur 4,29% à 11,15% de la surface terrestre, selon les mois. C’est moins qu’en 2024: 6,75% à 15,47%, mais bien plus qu’en 1998, année pourtant la plus chaude du XXème siècle: 1,40% à 5,36%.

Une chaleur qui tue

Outre ses conséquences économiques (heures travaillées, production agricole, dysfonctionnements divers…) et écologiques (forêts, milieux aquatiques, incendies…), la chaleur intense affecte le corps humain : fatigue, complications cardiovasculaires, respiratoires et cérébrovasculaires, naissances prématurées, troubles mentaux, affections liées au diabète…

« Dès les premières augmentations de température, le corps humain active des mécanismes de thermorégulation pour compenser (transpiration, augmentation du débit sanguin au niveau de la peau par dilatation des vaisseaux cutanés, etc.). Sur-mobilisés, ces mécanismes peuvent engendrer maux de tête, nausées, crampes musculaires ou déshydratation. Le risque le plus grave : le coup de chaleur, qui peut entraîner le décès », résume par exemple le gouvernement français dans sa politique d’adaptation au changement climatique.

Tolérance chaleur - humidité du corps humain

Plus l’air est humide, moins le corps humain est tolérant à la chaleur. La zone mortelle est en rouge, la zone de confort en vert. Crédit: W. Larry Kenney,

En 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquait que près de 500 000 décès annuels liées à la chaleur avaient été recensés au niveau mondial entre 2010 et 2019, dont plus de 175 000 en moyenne en Europe, où le stress thermique chaud est la première cause de mortalité liée au climat. Le rapport de Climate Central et World Weather Attribution estime que les décès prématurés liés à la chaleur des personnes de plus de 65 ans ont augmenté de 167% depuis les années 1990.

Quid pour l’avenir ?

Un être humain sans fragilité peut en théorie supporter temporairement des températures de l’ordre de 50°C dans un environnement sec. Mais quand l’humidité de l’air augmente -ce qui est le cas avec le réchauffement planétaire- elle freine l’effet régulateur de la transpiration humaine. La limite létale diminue: 44°C avec 30% d’humidité, 40°C avec 50%, 35°C dans des conditions très humides, selon une étude menée par le chercheur américain W. Larry Kenney, Quid pour l’avenir ?

2025 Anomalies du nombre de jours au dessus ou en dessous de zéro degré

Anomalie en 2025 du nombre de jours dont la température a été supérieure ou inférieure (ou égale) à 0°C, par rapport à la moyenne 1991-2020. La dynamique actuelle du réchauffement apparaît évidente dans l’hémisphère nord, l’hémisphère sud étant historiquement bien moins sujet au gel sur les terres habitées. Crédit: ThermalTrace/C3S/ECMWF

La multiplication des coups de chaud n’empêche pas, naturellement, de connaître des jours où un stress thermique froid l’emporte. Mais les records froids de températures mensuelles tendent plutôt vers zéro autour de la planète, comme le montrent les statistiques de NOAA.

Quant au nombre de jours connaissant une température négative ou égale à zéro, il chute dans de très nombreuses régions, particulièrement dans l’hémisphère nord, selon les données de Thermal Trace: jusqu’à plus d’un mois en moins en 2025, au Niger et au Tchad, par rapport à la moyenne 1991-2020; souvent près d’un mois sur la périphérie de la Méditerranée ainsi que dans une large région autour d’Omsk en Sibérie; plus de 20 jours dans de multiples secteurs du Canada, d’Islande, de l’ouest des États-Unis, du nord du Mexique, de l’Afrique du nord, de l’ouest de la Russie, tout comme en Scandinavie et en Europe occidentale…

Anomalie annuelle du nombre de jours connaissant une température égale ou inférieure à 0°C ressenti.

Évolution  depuis 1940 de l’anomalie annuelle du nombre de jours connaissant une température inférieure ou égale à 0°C ressenti, par rapport à la moyenne 1991-2020. Crédit: Thermal Trace /C3S/ECMWF

En France, l’anomalie s’avère désormais assez régulièrement de l’ordre de 10 à plus de 20 jours de gel en moins depuis 2011 (17 en 2025, toujours par rapport à la moyenne 1991-2020).

Ce changement peut notamment avoir des effets sur les plantes, donc sur les cultures et l’alimentation humaine. Les périodes de gel limitent la survie de ravageurs hivernant, l’action de parasites du sol, le développement de maladies. Les plantes, elles, s’adaptent bien au froid lors d’une arrivée progressive de l’hiver. Des hivers globalement plus doux et instables affaiblissent en revanche leurs capacités d’adaptation: elles peuvent se développer plus tôt dans la saison, mais tout en restant à la merci du gel, par exemple lors de la descente d’air polaire vers les régions plus tempérées de l’hémisphère nord. Un phénomène que le réchauffement très rapide de l’Arctique favorise.

(1) Jours pendant lesquels la température locale a été supérieure à 90% des températures relevées entre 1991 et 2020.

 

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