Sommets de la Terre: Rio + 20, Stockholm + 40… Et après ?

Lors du 5ème Sommet de la Terre, ces 20, 21 et 22 juin à Rio de Janeiro au Brésil, un vrai grand changement aurait été que chefs d’état et grands « décideurs » gravent dans le marbre une réalité en en tirant toutes les conséquences : la notion de développement « soutenable » -qui existe simplement parce que les capacités de la Terre ont des limites dont le respect nous est vital- a en fait pour grand objectif le bien-être de tous les hommes et leurs enfants, aujourd’hui comme demain.

Nouvel Observateur - Numéro Ecologie - 1972

Couverture du hors-série Ecologie du Nouvel Observateur, publié en 1972, à l’occasion de la Conférence de Stockholm, 1er vrai sommet de la Terre.

« L’Avenir que nous voulons ». Tel est le titre du document étudié par les pays membres de l’Organisation des Nations Unies, à l’occasion du Sommet de la Terre 2012, du 20 au 22 juin : Rio+20, en souvenir du sommet de 1992. Une bonne centaine de chefs d’état, plusieurs dizaines de milliers de participants, 6 000 contributions d’états, d’entreprises, d’associations… Cette Conférence des Nations Unies sur le développement durable, grand-messe de l’écologie, aura visiblement réclamé une immense énergie, avec évidemment beaucoup de bonnes volontés. Si à la veille du rendez-vous à peine un tiers du texte faisait consensus parmi les membres (notamment pour cause de différends sur « l’économie verte » et le financement du développement), l’ONU indiquait recueillir par ailleurs plusieurs centaines d’engagements « sur une base volontaire ». Pour Ban Ki-Moon, le Secrétaire général des Nations Unies, cette conférence avait déjà permit d’accomplir « un mouvement mondial pour le changement ».

Stockholm 1972 – Rio 2012: quel changement?
Mais quel changement ? C’est ce que se demandaient déjà quant à eux les vieux briscards ayant connu non seulement le sommet de Rio 1992 et sa convention sur le changement climatique, mais aussi la conférence de Stockholm 1972 avec la création du Programme des Nations-Unies pour l’environnement, le PNUE. C’est par exemple le cas de Dennis L. Meadows.
A l’époque, il y a 40 ans, le Nouvel Observateur avait publié un hors-série spécial écologie : « La dernière chance de la Terre ».  Ce hors-série contenait entre autre un extrait d’un document alors inédit et issu des recherches de chercheurs du MIT, le Massachusetts Institute of Technology : « Les limites à la croissance ».
Le dada de ces scientifiques n’était ni la révolution, qu’elle fusse rouge ou verte, ni la décroissance ou autre « croissance zéro », mais seulement l’étude des systèmes complexes. La vraie nouvelle, qui fit alors forte impression dans les mondes politiques et économiques, était en fait que ces chercheurs avaient mis au point un modèle informatique mettant en évidence (et sans même prendre en compte les guerres) les risques d’effondrement de nos sociétés. Ils montraient que ces risques augmentaient quand les croissances exponentielles de la population et du « capital global » approchaient et à fortiori dépassaient les « capacités de charge » de la Terre en terme d’épuration de la pollution, de production alimentaire, d’exploitation des ressources non renouvelables et « renouvelables »… C’est Dennis L. Meadows qui dirigeait ce travail, à la demande du « Club de Rome », groupe de scientifiques et d’industriels soutenu par une fondation : la Fondation Volkswagen.

Climat, pétrole: des limites largement dépassés
Travesti et caricaturé, à la fois dans son titre français (« Halte à la croissance », titre repris par le hors-série du Nouvel Observateur) et dans les commentaires qui en ont été faits, ce document a finalement été tout bonnement « oublié ». Néanmoins l’équipe de Dennis Meadows a confirmé et affiné son analyse dans une deuxième puis une troisième mise à jour, respectivement en 1992 et 2002. Ce ne sera que 10 ans plus tard, en ce mois de mai 2012 donc, que sera publiée la 3ème version en français ! Et la conclusion reste la même, quels qu’ont été nos progrès technologiques depuis: il existe des limites au-delà desquelles une société se met en danger. Citons seulement deux exemples de ces limites aujourd’hui largement dépassées: la capacité d’absorption par les terres et océans du CO2 atmosphérique émis par nos activités (Dennis Meadows admet avoir sous-estimé les effets du dérèglement climatique), la quantité de pétrole découvert par rapport à la production… Et en attendant les « collisions » entre demande et offre du même pétrole.
La différence majeure avec l’analyse de 1972, qui prévoyait « un siècle de répit », c’est tout simplement que 40 ans ont passé. Le temps étant le paramètre fondamental conduisant une croissance exponentielle à ses limites, l’urgence aurait donc plutôt tendance à devenir : comment, maintenant que nous dépassons allégrement la capacité de charge de la Terre, éviter le maximum de casse…
Des sentiments étranges envahissent quand on referme cet ouvrage et alors que convergent politiques, spécialistes et militants vers « Rio + 20 », qui pour faire une proposition, qui pour donner un engagement, qui pour sonner l’alerte…

La recherche du meilleur bien-être possible
Le premier est de s’interroger sur le degré de diffusion et d’imprégnation du travail de recherche de Meadows parmi tous les décideurs qui se croisent lors de ces grands sommets.  Qu’en a retenu chacun ? Brainstorming svp !
Le second est de se demander pourquoi les élites intellectuelles, politiques, économiques, financières, possédant tous les moyens d’être au fait, depuis des dizaines d’années, des travaux de Dennis Meadows (comme de ceux de James Lovelock, spécialiste de l’atmosphère, sur le fonctionnement du système « Terre », ou encore ceux du biologiste, biogéographe et historien, Jared Diamond, sur l’effondrement -ou les armes de survie- des civilisations anciennes) ne transmettent pas un message clair à chacun. Un message en forme de constat: il nous apparaît désormais évident que la Terre possède des limites physiques que l’homme, malgré tous les progrès technologiques qu’il peut faire, ne doit pas dépasser ; que ces limites si nous continuons à ne pas les respecter, ruineront notre avenir et celui de nos enfants, et tueront de plus en plus. N’en ont-elles pas elles-mêmes conscience ? Ne veulent-elles pas le savoir ? Ne se sentent-elles pas concernées ? Croient-elles qu’elles seront toujours plus fortes ? Ou bien ont-elles peur de le dire ?  C’est pourtant de ce constat que découle toute la pertinence et tout l’optimisme du développement « soutenable ».
Au final, pourquoi le développement « soutenable » n’est-il pas donc, avant tout autre considération, clairement présenté comme une recherche du meilleur bien-être possible pour l’ensemble des hommes et de leurs enfants. Car en fait, c’est bien ce dont il s’agit si on lit attentivement Dennis Meadows. Dans son histoire, l’homme a connu la révolution agricole il y a environ 10 000 ans, puis, plus près de nous la révolution industrielle, avec notamment le charbon et le pétrole. Pour Meadows et son équipe, sa nouvelle quête le dirige maintenant vers la révolution de la durabilité, véritable oeuvre collective devant transpirer d’ « inspiration », de « travail en réseau », d’ « honnêteté », d’ « apprentissage » et d’ « amour ».
A chacun donc de choisir d’en être un maillon. Vite.
Les limites à la croissance (dans un monde fini). Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers. Paru aux éditions Rue de l’Echiquier. Prix indicatif : 25 euros.

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