« C’est la guerre ! »

Sécheresse, tempête, inondations… Aux citoyens de faire vivre le rêve d’un mouvement qui exigent que les états démocratiques reconnaissent toute la gravité de la situation, appliquent en conséquence le principe de précaution, et entrent donc littéralement en guerre contre le « bouleversement » climatique en cours.

Janvier 2009, le 25, sud-ouest de la France, tempête. « Il y a des arbres arrachés, des arbres cassés à mi hauteur. Regardez, c’est un vrai paysage de guerre », pleure une habitante. Juin 2013, le 20, dans les Pyrénées-Atlantiques, inondations. « Je n’ai pas connu la guerre. Mais pour moi, la guerre c’est ça », lâche un habitant devant une route effondrée. Janvier 2014, dans les Alpes-Maritimes, glissement de terrain: « On dirait que ça été bombardé », image un témoin.

Guerre : le mot est sans doute le bon. C’est la guerre. Mais nous ne le savons pas, ou plutôt nous ne voulons pas le savoir. En 2009, une 2ème tempête « du siècle » a frappé une même région en dix ans. En 2013, des inondations succèdent à des inondations. Début 2014, des tempêtes succèdent à des tempêtes. A l’automne 2014, des inondations succèdent à des inondations. On pourrait également évoquer les sécheresses. Mais c’est vrai, cela ne prouve pas que c’est la faute du « réchauffement ». Cela ne fait que conforter des hypothèses. En effet, on ne pourra « scientifiquement » prouver les liens avec le « réchauffement » que quand il n’y aura plus aucune chance qu’il en soit autrement, quand on aura les deux pieds dedans ! Pour l’instant, on s’approche tranquillement des 99% de chances. Mais ça ne fait pas 100% ! On peut également espérer gagner au Loto… de la nature. Si on joue, mathématiquement on a encore une chance.

Le « réchauffement », un vrai risque de temps chaotique

Et puis, on parle de réchauffement, mais voyez l’hiver 2008-2009, voyez l’hiver et le printemps 2013 ! Voyez le mois de février 2014 aux Etats-Unis. Du froid, de la pluie, de la neige… « Il y a un moment qu’on n’avait pas vu ça ». Nous les avons tous entendus ces propos. Sauf qu’on emploie le terme de « réchauffement » parce que les scientifiques ont déterminé que la tendance actuelle du climat, défini comme la variation sur 30 ans du temps « moyen » qu’il fait, est effectivement au réchauffement. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas faire plus froid à certains moments, en certains lieux. Il est donc plus exact de parler de « réchauffement global » et non de « réchauffement climatique ».

C’est beaucoup moins médiatisé mais les scientifiques évoquent également un vrai risque de plus grandes variations thermiques, de temps plus chaotique en somme. Le terme qui correspondrait mieux au risque réel serait ainsi « bouleversement climatique »… voire « chaos climatique ». Ce ne sont pourtant pas ceux qui sont généralement employés. « Changement climatique » est un terme plus neutre.

Abus de ressources mondialisé et courbe exponentielle des gaz à effet de serre

Toutefois, quel que soit le terme choisi –réchauffement, changement, bouleversement, chaos…- deux choses sont certaines. D’abord, ça fait une bonne vingtaine d’années que nous consommons plus de richesses naturelles que la Terre n’en produit. De nombreuses civilisations anciennes ont déjà fait les frais de cet abus de ressources non durable : épuisement des stocks (bois, poisson, viande, cultures…), érosion, désertification, famine, guerre, effondrement… Mais d’autres, parce qu’elles ont pris en compte les limites de leur environnement, ont réussi à surmonter la difficulté, à survivre. La différence aujourd’hui, c’est la mondialisation du problème. Il reste que dans l’univers, la Terre n’est qu’une île de Pâques et que nous n’avons pas la moindre idée de la direction à prendre pour trouver le Pérou de l’espace !

Deuxième chose 100% certaine : nous avons explosé à la hausse les limites entre lesquelles oscillaient depuis des centaines de milliers d’années, les concentrations de CO2 et de méthane de l’atmosphère. Des concentrations intimement liées à la température que l’on connaît jour après jour sur Terre, et ayant favorisé l’avènement d’homo sapiens. Quand on fait un joli graphique sur par exemple une dizaine de milliers d’années, avec de belles projections, à quoi ressemble le siècle à venir si l’on poursuit encore nos activités énergivores, largement basées sur le développement des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) ? A une courbe exponentielle. A un mur quasi vertical.

Après Copenhague 2009, Paris 2015 pour l’après 2020. Et d’ici là ?

« Il nous reste sept ans pour inverser la courbe des émissions de CO2 » indiquait le Prix Nobel de la Paix 2007 et président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’étude du climat (GIEC), Rajendra Pachauri, au journal Le Monde dans un article publié le 8 Juillet 2008, après la parution du 4e rapport du GIEC en 2007. Mais que veut bien dire cette phrase. Pourquoi 7 ans (1 an aujourd’hui) ? En 2015, c’est la fin du monde ? Non, c’était plutôt le temps qu’il nous restait avant que nos courbes exponentielles de CO2 et de méthane ne risquent devenir trop droites. Avant que le mur ne commence à se pointer à l’horizon, tel le tsunami naissant à l’approche de la côte. Avant qu’il ne coûte trop cher à la communauté humaine d’agir. Avant que l’inertie du système soit trop forte pour que l’on puisse lutter. Avant que l’on vive, si rien d’efficace n’est entrepris, dans un monde où les mêmes scientifiques nous diront, sauf si on les fait taire : « Maintenant, sauf à se hasarder sur le chemin de la géo-ingénierie climatique, c’est trop tard. Plus rien ne pourra changer notre destin ! Nous n’échapperons pas à notre effondrement ».

Les dirigeants du monde, décideurs et négociateurs ont gaspillé les 7 années évoquées par Rajendra Pachauri, comme ont été gaspillées toutes les années depuis les sommets de Rio en 1992 et même de Stockholm en 1972. Après l’échec du sommet « climat » de Copenhague en 2009 (*), les gouvernements de la planète se sont à présent donné l’échéance du sommet « climat » de 2015, prévu à Paris, pour des mesures applicables après 2020. Néanmoins, que fait-t-on d’ici 2020, mis à part un Kyoto II famélique ? L’Agence internationale de l’énergie, l’IEA, estime elle-même nécessaires des mesures radicales, en particulier dans le secteur des énergies fossiles… Avec 2015 en vue, le GIEC de Rajendra Pachauri a publié la synthèse de son 5e rapport, rapport toujours plus catégorique et confirmant qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour agir. Mais que fait-on là, maintenant, tout de suite, puisque la situation est urgente ? Rien de plus. Une information chasse l’autre.

Un projet de société pour que nos enfants puissent eux aussi goûter le bonheur de vivre

Ne serait-ce donc pas plutôt déjà foutu en fait ? C’est là la grandeur de notre destin : pas forcément. En associant notre capital « richesses naturelles » au PIB et à la croissance, en basant la fiscalité sur l’énergie et non plus sur le travail humain, en se mettant au pas d’une économie volontariste comme lors d’une guerre, oui d’une guerre, nous pouvons jouer nos atouts plutôt que prendre un « billet de loto » : grands chantiers dans l’habitat, l’urbanisme, les transports, l’agriculture ; économies drastiques d’énergie ; développement des énergies non fossiles ; multiplication des cercles industriels vertueux imitant la nature ou avec lesquels un déchet devient une matière première ; développement des collaborations et de la diffusion du savoir entre entreprises et entre pays ; mobilisation des nouvelles technologies au service d’un but commun ; utilisation d’internet pour développer des liens et des solidarités locales, pour louer plutôt que pour posséder, pour covoiturer… Et sans oublier les millions de gestes quotidiens, de nous tous. En France, cela porte le nom de « transition« , même si elle reste encore bien floue.

Face à une société qui, depuis des années, creuse les inégalités et crée de la misère au même rythme qu’elle fume le carbone et crache ses gaz à effet de serre, un tel programme suppose une révolution politique. Un tel projet de société devrait s’affirmer comme un grand espoir pour l’emploi pour tous, pour le mieux vivre, pour un destin universel et pour que nos enfants puissent eux aussi goûter le bonheur de vivre. Par ces temps de crise aiguë, c’est même une aubaine de vrai changement de civilisation, de changement d’ère.

Un mouvement pour que les états appliquent le principe de précaution

Il nous reste encore, sans être naïfs, deux grandes chances. D’abord, l’homme possède encore aujourd’hui, selon les scientifiques, le pouvoir de déterminer pour partie le temps qu’il fera demain. Ensuite, bien que la Chine soit l’émetteur numéro 1, les gaz à effet de serre sont pour une grande part toujours émis par les démocraties. Ce sont donc bien les citoyens de ces pays qui ont entre leurs mains le destin des hommes. A nous de faire vivre le rêve d’un mouvement qui exigent que les états démocratiques reconnaissent toute la gravité de la situation, appliquent en conséquence le principe de précaution, et entrent donc littéralement en guerre contre le bouleversement climatique en cours. Pour vraiment préparer l’humanité à faire face, à sortir des énergies fossiles au plus vite.

(*) Le sommet de Copenhague devait fixer des réductions de gaz à effet de serre pour l’après-Kyoto, de 2013 à 2020. Il n’en a rien été.

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