Pour une poignée de degrés

Pour rester en dessous du seuil de  +  2°C de réchauffement moyen par rapport à l’ère préindustrielle, comme disent encore le vouloir négociateurs onusiens et hommes politiques, mieux vaudrait une concentration de CO2 de l’ordre de 350 ppm. Elle dépassera bientôt 400 ppm. Ne se moque-t-on pas de nos enfants ?

Limiter à 2°C la hausse de la température moyenne de l’atmosphère à la surface du globe, tel est l’objectif évoqué par politiques et négociateurs, en particulier lors des conférences internationales sur le « changement climatique », à Copenhague en 2009 comme à Doha en 2012. Si cette limite correspond à un seuil de dangerosité pour les scientifiques, il nécessite quelques menues explications… D’abord, les scientifiques n’excluent pas qu’une hausse de moins de 2 degrés soit très dangereuse et même fatale. Ils soulignent seulement qu’au-delà de deux degrés, les risques d’emballement de la machine climatique (c’est-à-dire de « méga » catastrophe pour l’humanité)  deviennent rapidement critiques.

Evolution de la température à la surface du globe depuis 1850. Document GIEC – IPCC

Ensuite, cette hausse de 2°C ne s’entend pas par rapport à aujourd’hui mais par rapport au début de l’ère industrielle. La précision s’impose : depuis 1850 (date à laquelle ont débuté les relevés), nous avons déjà « pris »  un degré environ. Il ne reste donc plus qu’un petit degré pour atteindre ladite limite (1).  Nous pouvons atteindre ce seuil assez vite car les scientifiques évoquent également des augmentations de la température qui s’accélèrent de décennie en décennie (comme si le système commençait en fait à s’emballer), des extrêmes plus importants (avec logiquement des variations plus brutales, chaudes ou froides), des rétroactions de la Terre amplifiant les phénomènes.

Concentration du CO2: + 2 ppm par an, 440 ppm avant 2040

Pour l’avenir, le GIEC (Groupe d’experts international sur l’évolution du climat, IPCC) donnait dans son dernier rapport, en 2007, différentes correspondances entre la concentration de CO2 dans l’atmosphère et l’augmentation de la température moyenne.

Correspondances entre le niveau de concentration de CO2, la hausse de température moyenne attendue et le niveau de la mer. Document du GIEC.

Correspondances entre le niveau de concentration de CO2, la hausse de température moyenne attendue et le niveau de la mer. Document du GIEC.

Ainsi, en stabilisant la concentration de CO2 à 350 – 400 ppm (parties par million) nous pourrions envisager à l’horizon 2100 – 2150 une augmentation de la température moyenne de l’ordre de  2 à 2,4°c par rapport à la période préindustrielle. Si la stabilisation intervenait à 400-440 ppm, alors l’augmentation serait de 2,4 à 2,8 °C. On atteindrait + 2,8 à + 3,2°C à 440-485 ppm, puis + 3,2 à + 4 °C à 485-570 ppm de CO2, + 4 à + 4,9°C à 570-660 ppm et enfin + 4,9 à + 6,1°C à 660-790 ppm.

Or, quelle est à ce jour la concentration de CO2 dans l’atmosphère ? Environ 393 – 394 ppm (2). Avec une augmentation de l’ordre de 2 ppm par an -et qui s’accélère- on arrive à 400 ppm dans les prochaines années, bien avant 2020. A « vitesse constante » on atteint 440 vers 2035, 500 dans la décennie 2060… Moralité : l’option « optimiste » du GIEC -qui dépassait déjà les 2 degrés d’augmentation- se montre dès à présent caduque, d’autant plus qu’aucun accord mondial sérieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne sera en vigueur avant 2020 ! Mais les négociateurs de l’ONU comme les hommes politiques -par exemple François Hollande à l’occasion de la Conférence environnementale– continuent d’évoquer une limitation de l’augmentation de la température moyenne en dessous de 2°C… Etonnant, non ?

(1) 1 degré de plus en moyenne par rapport à aujourd’hui, c’est environ 2 degrés sur les continents,  là où nous vivons. En effet, l’atmosphère s’y réchauffe plus vite que sur les océans.

(2) entre 391 et 396 ppm pour 2012 selon les données mensuelles du Mauna Loa Observatory, de Hawaï. La concentration de CO2 dans l’atmosphère était d’environ 280 ppm avant l’ère industrielle.

 

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