2025 tutoie la barre de 1,5°C. La moyenne 2023-2025 la dépasse. Celle de la période 2025-2029 possède à ce stade 70% de chance de la franchir… Et de nombreux modèles climatiques prévoient l’arrivée d’un phénomène « réchauffant » El Nino dès 2026.

Anomalies de température pour l’année 2025, malgré le phénomène « refroidissant » La Nina. Crédit C3S/ECMWF
Pas vraiment une surprise. 2025 fait partie du top 3 des années les plus chaudes jamais enregistrées, malgré l’apparition de conditions « rafraîchissantes » dues à la formation d’un phénomène La Nina dans l’océan Pacifique équatorial. 2023, 2024 et 2025 ont toutes pulvérisé l’ancien record de 2016 (juste au-dessus de +1,3°C, quasiment égalé en 2020) avec une moyenne triennale supérieure à +1,5°C: +1,47°C en 2025, selon l’observatoire européen Copernicus, contre +1,6°C en 2024 et +1,52°C pour la moyenne 2023-25.
Un nouveau bond donc depuis celui de 2015, les onze dernières années étant les onze plus chaudes depuis 1850. Le niveau de réchauffement à long terme est désormais estimé à environ +1,4°C contre plus ou moins +1°C il y a dix ans.

Évolution du réchauffement planétaire depuis 80 ans, avec deux bonds de température depuis 10 ans. Crédit C3S/ECMWF
Si les températures annuelles des zones tropicales ont été plus basses en 2025 qu’en 2024, celle de l’Antarctique a atteint un record (+1,06°C par rapport à la récente moyenne 1991-2020), et celle de l’Arctique sa deuxième valeur la plus élevée jamais enregistrée (+1,37°C), selon Copernicus. En dépit des conditions La Nina, « des températures annuelles inédites ont également été enregistrées dans plusieurs autres régions, notamment dans le Pacifique nord-ouest et sud-ouest, dans l’Atlantique nord-est, dans l’extrême est et le nord-ouest de l’Europe et en Asie centrale », complète l’observatoire européen.
Océans en surchauffe, continents au dessus de +2°C dans l’hémisphère nord
Les océans, qui absorbent environ 90% du surplus de chaleur provoqué par les activités humaines, restent en surchauffe: en dehors des zones polaires, leur température moyenne annuelle de surface a atteint 20,73°C en 2025, soit environ 0,4°C de plus que la moyenne 1991-2020, moyenne constamment dépassée depuis 10 ans. Une étude montre également que la quantité de chaleur stockée par l’océan dans ses 2000 premiers mètres a battu un nouveau record en 2025, pour la neuvième année d’affilée.

Évolution de la température moyenne des continents de l’hémisphère nord depuis 1850, par rapport à la moyenne du XXème siècle. Crédit NOAA.
Au niveau des continents, qui se réchauffent plus rapidement que les océans, l’anomalie mondiale de température atteint +1,83°C en 2025 par rapport à la moyenne du XXème siècle (+2°C en 2024), selon les données de l’agence américaine National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Lissée sur cinq ans (2021-2025), ce réchauffement moyen tutoie +1,7°C par rapport à la moyenne du XXème siècle, et même +2°C pour l’hémisphère Nord… Soit environ +2,3°C par rapport au début de l’ère industrielle.
2026 dans le top 4 des années les plus chaudes ?
Il est déjà certain que 2026 sera la 50ème année consécutive à afficher une température moyenne terrestre supérieure à la moyenne du XXème siècle, d’après les statistiques de NOAA. Assurée à environ 99% de terminer dans le top 10 des années les plus chaudes, elle possède même plus de deux chances sur trois de se classer dans le top 4. Pour qu’il en soit autrement, il faudrait que la température terrestre annuelle redescende en dessous de +1,31°C (niveau de 2016 et 2020) par rapport à l’ère préindustrielle.

2025 en 3ème position derrière 2024 et 2023, mais largement devant 2016 et 2020. Crédit: NOAA
Or, suite à l’actuel phénomène La Nina, la moyenne glissante des douze derniers mois ne devrait se tasser que vers +1,4°C au premier semestre de cette année, selon le climatologue américain James Hansen. Et cela pourrait ne pas durer, car différents modèles climatiques prévoient un retour du « booster » du réchauffement anthropique, El Nino, dès la deuxième partie de 2026. Si c’est le cas, cet ancien de la NASA prédit que 2027 devrait marquer un nouveau record, seulement trois ans après celui de 2024, avec environ +1,7°C d’anomalie de température.
La barre de +2°C franchie dès les années 2040 ?
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a elle-même déjà évalué que la moyenne quinquennale 2025 – 2029 possédait 70% de chance de dépasser +1,5°C. Comme la moyenne 2023-2025 atteint déjà +1,5°C, la question se pose maintenant pour toute la période 2023-2029 ! La limite la plus ambitieuse de l’Accord de Paris sur le climat pourrait donc être franchie « à long terme » avec plus d’une décennie d’avance sur la date initialement crainte (2040). Et la barre de +2°C dès les années 2040 au rythme actuel.

L’accélération du réchauffement selon le climatologue James Hansen, ancien de la NASA. Crédit JH