Emissions françaises de gaz à effet de serre: une marge d’erreur de plus de 10%

Venant d’être envoyée aux Nations-Unies, l’édition 2015 du rapport français d’inventaire des gaz à effet de serre estime que le pays a émis 491,2 millions de tonnes équivalent CO2 en 2013… à plus ou moins 50 millions de tonnes près ! Une telle marge d’erreur s’explique non pas par les émissions de dioxyde de carbone (CO2), mais par les incertitudes liées aux autres gaz à effet de serre: protoxyde d’azote (N2O), méthane (CH4), hydrofluorocarbures (HFC).

Evolution des émissions de gaz à effet de serre en France entre 1990 et 2013, hors utilisation des terres, leur changement et les forêts. Doc. CITEPA.

Evolution des émissions de gaz à effet de serre en France entre 1990 et 2013, hors utilisation des terres, leur changement et les forêts. Doc. CITEPA.

En 2013, la France a émis 491,2 millions de tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre -sans l’”utilisation des terres, leur changement et les forêts” (UTCF). C’est ce qui ressort du dernier rapport national d’inventaire établi en octobre par le CITEPA (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique) et transmis à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Ces émissions sont dues pour près de 75% au dioxyde de carbone (CO2), pour 12% au méthane (CH4), pour 9% au protoxyde d’azote (N2O) et pour 4% aux hydrofluorocarbures (HFC).

L’incertitude grimpe à 12,9% en ce qui concerne les émissions où l’on inclue l’usage des terres et les forêts

En très légère hausse par rapport à 2012 (490,1 millions de tonnes équivalent CO2), les émissions sont en baisse de 10,9% par rapport au niveau de 1990 (551,4 millions de tonnes équivalent CO2). La réduction est de 13,5% si l’on prend en considération l’utilisation des terres et les forêts, avec 444,5 millions de tonnes émises en 2013 contre 513,7 en 1990. Rappelons toutefois que l’objectif officiel est d’atteindre – 40 % en 2030 par rapport à 1990, soit environ 330 millions de tonnes équivalent CO2 hors UTCF et 308 millions de tonnes y compris l’UTCF. Reste donc plus ou moins 150 millions de tonnes équivalent CO2 à ne pas émettre d’ici une quinzaine d’années.

Ce rapport d’inventaire évalue également, “sur la base des connaissances actuelles” et comme le recommande la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changement climatiques (CCNUCC), la marge d’erreur de ces évaluations. “Il ressort que l’estimation de l’incertitude sur les émissions totales (…) hors UTCF pour l’année 2013 est de +/- 10,2% en niveau d’émission”, note le rapport. Ce qui veut dire que la marge d’erreur pour les 491 millions de tonnes équivalent CO2 émis par la France est de plus ou 50 millions de tonnes.

Ce niveau d’incertitude grimpe à 12,9% en ce qui concerne les émissions où l’on inclue l’usage des terres et les forêts: dans ce cas, le niveau de 445 millions de tonnes équivalent CO2 d’émission n’est donc fiable qu’à plus ou moins 57 millions de tonnes.

Incertitudes de 131% pour le protoxyde d’azote, de 16 % pour le méthane entérique, de 102% pour le méthane des décharges, de 28 % pour les HFC

Comme le montre le rapport, une telle marge d’erreur est consécutive à la difficulté d’estimer certaines émissions de gaz à effet de serre, notamment en ce qui concerne le protoxyde d’azote et le méthane. Principalement issus de l’agriculture -et obéissant actuellement, comme le CO2, à de fortes augmentations à l’échelle mondiale– le N2O et le CH4 ont la particularité de « réchauffer » puissamment à quantité égale par rapport au dioxyde de carbone. Sur une période de 20 ans et en tenant compte des rétroactions du cycle du carbone, leur “potentiel de réchauffement global” (PRG) est en effet estimé à respectivement 86 fois et 268 fois celui du CO2 (1), selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Secteurs dont l’incertitude sur les émissions “représente un poids important” par rapport aux émissions totales, selon le rapport d’inventaire français:

– le protoxyde d’azote des sols de l’agriculture (épandage de fertilisants synthétiques, déjections animales, fixation de l’azote, résidus de culture, boues, composts, pâtures…) qui est la source d’une émission de 35,8 millions de tonnes équivalent CO2 avec une incertitude de 131 %, représentant 10,5% des émissions totales.

– le méthane entérique (rots des bovins notamment) qui est équivalent à 33,2 millions de tonnes équivalent CO2 avec 16% d’incertitude (représentant 1,2% des émissions totales).

– le méthane des décharges émettant 14,7 millions de tonnes équivalent CO2 avec une incertitude de 102 % (représentant 3,4% des émissions totales),

– Les HFC (comme hydrofluorocarbures, puissants gaz à effet de serre totalement créés par l’homme) notamment utilisés dans les systèmes de réfrigération et de climatisation, qui “pèsent” désormais 19,6 millions de tonnes équivalent carbone avec une incertitude de 28% (représentant 1,2% des émissions totales).

Afin d’obtenir des estimations plus précises, le rapport d’inventaire souligne que des projets d’amélioration sont prévus dès 2015 en ce qui concerne le N2O et le CH4 entérique.

Hausse des émissions de CO2 dans le transport, de méthane dans le secteur des déchets et de protoxyde d’azote dans le secteur de l’énergie

Toujours selon ce rapport, si l’on considère uniquement les émissions de CO2, elles sont en diminution de 8,2 % sur la période 1990-2013 (-11,5% avec l’UTCF). Les rejets de CO2 “sont très fortement corrélés à la consommation d’énergie fossile puisqu’en 2013, 93,8% des émissions de dioxyde de carbone hors UTCF lui sont imputables”, précise-t-il. Hors UTCF, le transport contribue à 35,6% aux émissions de CO2, devant le secteur résidentiel/tertiaire/agriculture (26,3%), la combustion dans l’industrie manufacturière (17,2%) et l’industrie de l’énergie (14,2%). Secteur en hausse pour la période 1990-2013: le transport (+9,3%), le résidentiel/tertiaire/agriculture (+2%). Secteurs en baisse: l’industrie manufacturière (-26,3%), l’industrie de l’énergie (-21,6%).

Les émissions de méthane sont comme celles du CO2 en baisse sur la période 1990-2013. Représentant 65,8% de ces émissions en 2013, le méthane de l’agriculture est en diminution de 7,5% depuis 1990, “principalement du fait de l’érosion des cheptels”, précise le rapport. L’arrêt de l’activité minière explique de son côté une bonne partie de la chute de 75,4% des émissions de méthane dues au secteur de l’énergie. En revanche, les émissions de méthane du secteur des déchets (29% du CH4 émis en 2013 hors UTCF) progresse sur la même période de 20,2%.

Quant aux émissions de protoxyde d’azote, elles ont chuté de 37,2% entre 1990 et 2013, du fait principalement “des actions menées dans le secteur des industries chimiques”. Représentant 86,6% du N2O émis par la France en 2013, l’agriculture a vu ses émissions diminuer de 9,7% tandis que celles de l’énergie (9% des émissions de N2O en 2013) ont progressé de 17%.

Une incertitude moindre en ce qui concerne l’évolution des émissions

Du côté du stockage du carbone, l’utilisation des terres, leur changement et les forêts permet la capture de 46,7 millions de tonnes équivalent CO2 mais avec une incertitude de 58%, précise encore le rapport national d’inventaire.

L’incertitude sur l’évolution des émissions de gaz à effet de serre “est plus faible que celle portant sur le niveau d’émissions d’une année donnée. Cela s’explique par les fortes corrélations entre deux années dans l’élaboration des inventaires : mêmes méthodes d’estimations d’une année sur l’autre, mêmes erreurs systématiques ou approximations au cours de la période, etc.” ajoute-t-il. Ainsi, l’incertitude sur l’évolution des émissions hors UTCF entre l’année de référence 1990 et 2013 de +/- 2,6%, pour une évolution de -10,9%. Elle passe à +/- 3,2% pour l’évolution de -13,5% des émissions avec l’UTCF.

(1) Sur un siècle les PRG du méthane et du protoxyde d’azote sont respectivement de 34 et de 298 fois celui du CO2, selon le dernier rapport du GIEC. La chute du PRG du méthane dans le temps s’explique par sa transformation chimique dans l’atmosphère.

 

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